Classiques en stock. Des pas dans la maison vide

mercredi 14 septembre 2011, par Manuela Giroud

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Une fois par mois, « Classiques en stock » zoome sur un grand film de l’histoire du cinéma. « Gaslight » (« Hantise ») De George Cukor (Etats-Unis, 1944), avec Ingrid Bergman, Charles Boyer, Joseph Cotten.

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Ingrid Bergman et Charles Boyer, couple infernal. DR

L’INTRIGUE

Paula Alquist a quitté Londres après l’assassinat de sa tante, une cantatrice célèbre qui l’a élevée. Réfugiée en Italie, elle tombe amoureuse du pianiste de son professeur de chant, Gregory Anton. Celui-ci la convainc d’abandonner le chant, pour lequel elle n’a guère de talent, et surtout de retourner vivre, après leur mariage, dans la maison de sa tante. Paula accepte mais le bonheur est de courte durée. Sitôt installé à Londres, Gregory se montre distant avec son épouse, qu’il accuse de perdre la tête ; elle-même commence à douter de sa santé mentale. Le soir, lorsqu’il la laisse seule, l’éclairage baisse (« Gaslight » peut se traduire par « éclairage au gaz ») et Paula entend des bruits de pas au-dessus d’elle, à l’étage condamné de la maison.

L’ANECDOTE

Ingrid Bergman reçut pour cette composition le premier Oscar de sa carrière ; deux autres suivront, pour « Anastasia » (1956) et « Le crime de l’Orient-Express » (1974, second rôle). Nominé lui aussi, Charles Boyer repartit bredouille.

BONUS

« Hantise » marque un double tournant. Pour George Cukor d’abord, jusque là connu comme réalisateur de comédies (« Femmes », « Indiscrétions »), et qui change de registre avec ce mélodrame victorien aux allures de thriller. Virage également pour Ingrid Bergman – sublimée par la photographie du grand chef opérateur Joseph Ruttenberg – à qui le film offre l’opportunité d’explorer un registre plus sombre de son jeu. L’actrice lumineuse, qui semblait destinée à incarner les héroïnes épanouies, est ici montrée comme une petite chose vacillante, terrorisée, émue et émouvante, une victime conduite aux portes de la folie par un tortionnaire sadique. D’une certaine manière, Cukor ouvre ainsi la porte à Hitchcock et à Rossellini, qui sauront diriger Ingrid Bergman vers d’autres vertiges encore.

Ce film est disponible à la location auprès de la Médiathèque-Valais.

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