Impossible de prétexter une crainte de l’orage, de la pluie ou de la grêle, pour rater « Silo 8 », nouveau spectacle de la troupe suisse alémanique Karl’s kühne Gassenschau. Pour cause, les gradins sont abrités et les comédiens, eux, affrontent n’importe quelle météo. Encore mieux, la pluie peut apparaître comme un élément du spectacle. C’était le cas lors de l’avant-première de la pièce. A la fin de la représentation, les comédiens saluent, trempés jusqu’aux os, mais devant un public conquis. Difficile de ne pas être séduit par ce spectacle qui mêle grosses machineries et poésie. Les répliques semblent, parfois, un peu fleur bleue ou banales. Et certaines situations burlesques tombent dans le cliché par le comique de répétition, comme lorsqu’un des personnages séduit la femme d’un autre avec maladresse. Mais ces éléments ne gâchent en rien le plaisir d’écarquiller les yeux pendant deux heures de spectacle grandiose.
Parqués comme des voitures
Le spectateur fait un voyage dans le futur. L’AVS a disparu et les personnes âgées sont en quelque sorte parquées dans l’EMS de la déshumanisation : « Silo 8 ». Comme fil rouge, le couple Panchetti découvre l’établissement en même temps que le public. Un procédé simple qui fonctionne toujours. Les deux aînés italiens, aux démarches clownesques, parviennent à la réception de l’établissement représentée par une borne SOS géante comme celles, plus petites, que l’on trouve sur le bord des autoroutes. « Donnez-nous, s’il vous plaît, votre numéro de facture » indique une voix robotique venue de nulle part. Une phrase enregistrée comme seule présence humaine. C’est un arbre qui cache une forêt de machines : une sorte d’aspirateur à souvenirs, un système de lavage automatique avec rouleau géant en guise de douche et une espèce de pompe à essence qui distribue des repas liquides. Pour s’occuper des résidants de l’étrange EMS, l’infirmière Jessica est aussi motivante et tendre qu’une prof d’aérobic. Elle obéit au doigt et à l’œil au Docteur Wolf, directeur de l’EMS. Ensemble, ils font marcher le système qui fait oublier aux pensionnaires tous leurs souvenirs pour vivre dans un bonheur illusoire. Mais les personnes âgées de « Silo 8 » ne seront pas dupes jusqu’au bout. En utilisant l’humour pour parler de mauvais traitements extrêmes, l’équipe de la pièce vise juste.
La troupe Karl’s kühne Gassenschau existe depuis plus de vingt-cinq ans et paraît inépuisable. Dans ce quatrième spectacle, tout semble possible. Les techniques de feu permettent d’aller très loin dans l’illusion. Ça explose, ça tombe, ça flambe, ça vole, et le public est complètement leurré. Mais il aime ça. Avec ses images fortes et sa lourde signification, « Silo 8 » est comme un grand feu d’artifice avec du sens en plus.
Infos : www.silo8.ch
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