Jumelles en monstruosité

vendredi 14 octobre 2011, par Manuela Giroud

Enregistrer au format PDF

Une fois par mois, « Classiques en stock » zoome sur un grand film de l’histoire du cinéma.

JPEG - 17.5 ko
Entre Joan Crawford et Bette Davis, l’amour vache. DR

« What ever happened to Baby Jane ? » (« Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? »), de Robert Aldrich (Etats-Unis, 1962), avec Bette Davis, Joan Crawford, Victor Buono.

L’intrigue

Dans les années 20, la petite Baby Jane Hudson était une enfant star, alors que sa sœur Blanche, plus réservée, restait dans l’ombre. Une décennie plus tard, les rôles se sont inversés, Blanche devenant célèbre à Hollywood et Jane cherchant désespérément à percer. A la fin des années 50, les deux femmes vivent toujours ensemble. Jane s’occupe de sa sœur, désormais paralysée, avec une autorité confinant au sadisme.

L’anecdote

Dire que Bette Davis et Joan Crawford se détestaient relève du doux euphémisme. Sur le plateau, bonjour les petites vacheries entre ennemies : quand Jane frappe sa sœur pour les besoins du script, Bette Davis y va de si bon cœur que Joan Crawford doit recevoir des points de suture. Celle-ci se vengera en plaçant des poids dans son costume en prévision de la scène où sa sœur la traîne par terre, inanimée. L’ambiance était tout aussi cordiale en dehors du studio. Crawford organisa une campagne de dénigrement contre sa collègue quand elle fut nommée à l’Oscar de la meilleure actrice.

Bonus

Robert Aldrich (« En quatrième vitesse », « Chut… chut, chère Charlotte ») orchestre la rencontre de ces deux monstres avec une virtuosité diabolique. Plongée dans les eaux troubles de la névrose, ce huis clos doit se voir au moins deux fois tant la révélation finale modifie la lecture de l’œuvre. Ce qui pouvait sembler un « simple » récit manichéen (le bourreau, la victime) apparaît alors comme l’expression du pessimisme profond d’Aldrich. Outre le choix du noir et blanc, celui des actrices constitue l’autre coup de génie du cinéaste. Aldrich a pourtant dû ramer pour trouver un studio susceptible de le financer. Personne ne voulait miser un dollar sur Bette Davis et Joan Crawford dont les carrières étaient à l’époque sur le déclin. Mais les « deux vieilles biques » prouvent ici que, dans leur domaine, elles restent des monstres inégalés.

Ce film est disponible à la location auprès de la Médiathèque-Valais.

Répondre à cet article

1 Message

  • Jumelles en monstruosité 27 octobre 2011 16:34, par Marlène

    En lisant le titre, j’ai cru qu’il s’agissait d’un article sur la présence des soeurs Martin à la Ferme-Asile. Gémellité oblige, mais il n’y est certainement pas question de monstruosité, me voilà rassurée !

    Au-delà de cette petite actu qui m’a induite en erreur, l’intrigue de ce « classique en stock » a l’air délicieusement redoutable. Merci pour cette découverte.

    Répondre à ce message