« L’Enfant d’en Haut » vadrouille en Valais

mercredi 16 mai 2012, par Emmanuelle Es-Borrat

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Après avoir récolté un Ours d’argent à Berlin, le film d’Ursula Meier est arrivé dans les salles de cinéma romandes la semaine dernière. Filmé en Valais, le long-métrage dit les disparités sociales avec finesse, mais sans détour.

Parce qu’elle vient de plaquer son énième petit boulot, Louise (Léa Seydoux) profite des bonnes combines de son petit frère Simon (Kacey Mottet Klein). Le gamin a trouvé un filon. Il emprunte régulièrement le téléphérique qui le relie à la station de sports d’hiver de sa région pour aller chaparder sur les pistes. Skis, gants, bonnets, pique-nique, son butin est revendu en plaine et lui permet d’acheter le nécessaire à son quotidien. Car Simon et Louise sont pauvres. Logés dans un immeuble à côté d’une route, leur existence se passe entre les allers-retours du premier vers les hauteurs, les absences prolongées de la seconde au gré de ses rencontres amoureuses.

« L’Enfant d’en Haut » est construit en verticalité. En bas, le ciel délavé, l’appartement pourri, une luge que l’on pousse sur le goudron, la route et les emmerdes : un monde en gris. En haut, le paysage immaculé, le blanc de la neige, les vestes de ski flashy, les lunettes sous le soleil, les terrasses et les apéros : un monde en couleurs. Au centre, un vestiaire où Simon fait l’échange entre ses deux vies, troque l’équipement de sport d’hiver contre un survêtement.

A première vue, le contraste est presque trop flagrant. Si les skieurs d’en haut sont équipés à la dernière mode et tout en « technique », les gosses de l’immeuble d’en bas, avec leurs cagoules en laine, ont l’air d’avoir grandi dans les années 70, l’image jouant presque le sépia !

Pourtant, au fil des minutes qui s’écoulent, le film d’Ursula Meier s’immisce de plus en plus dans la nuance. L’écart entre les deux univers trouve des points de convergence autres que le téléphérique et le câble qui les relie. La riche femme anglaise, interprétée par Gillian Anderson (la Dana Scully de X-Files), marque les premiers pointillés en substitut d’image maternelle. L’argent ensuite, comme un signe d’appartenance pour le jeune Simon, épaissit le trait, trace la ligne d’un lien pas très droit entre la richesse matérielle et le manque de nourriture affective.

Jeu de piste dans le canton

Etonnante, l’histoire racontée par Ursula Meier vaut qu’on s’y arrête, ne serait-ce que pour la performance de Léa Seydoux et du jeune Kacey Mottet Klein. Enfin, le public de la région s’amusera à décoder les lieux de tournage, les pistes de Verbier notamment, ou encore la fameuse « tour » de Massongex, domicile des deux personnages principaux.

Dans les salles de cinéma

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