Le Valais, aux sources du Rhône, terre d’émergence culturelle

samedi 3 mars 2012, par Marie Parvex

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Une politique culturelle volontariste et originale dynamise la création théâtrale dans ce canton montagnard. Loin des grands centres pris d’assaut, le Valais offre un terreau intéressant pour les jeunes artistes. Et rêve son avenir comme une grande ville suisse. Extrait d’un article à paraître dans la revue trimestrielle française « Mouvement ».

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Le Théâtre des Halles dont la direction vient d’être reprise par deux Lausannois est un exemple des conséquences de la politique culturelle du canton. Alexis Voelin

Denis Maillefer, metteur en scène vaudois et fondateur du Théâtre en Flammes avec Massimo Furlan, co-dirige depuis peu le théâtre d’une petite ville de la plaine du Rhône, à plus d’une heure de train de la côte lémanique. Pour la première soirée de la nouvelle direction au Théâtre les Halles, le public a chaussé ses escarpins malgré le froid de ce mois de janvier. Il est venu jusqu’à Sierre depuis Lausanne ou Fribourg pour voir « Le Petit chaperon rouge » de Joël Pommerat.

L’ambiance très habillée des soirées d’antan à l’opéra détonne dans ce canton montagnard. Mais qu’est-ce qui pousse un grand nom de la scène romande à passer la moitié de son temps si loin du cœur culturel de la Suisse francophone ? « C’est très intéressant de travailler ici parce que l’on sent que la région est en pleine émulation », justifie Denis Maillefer. « Le public est enthousiaste, chaleureux, plein d’envies et de curiosité. » Des qualités que la plupart des artistes reconnaissent au public valaisan, souvent friand, et parfois acteur, de théâtre amateur, mais extrêmement novice pour la scène contemporaine.

Le Théâtre des Halles était géré par une association valaisanne jusqu’à l’été passé. Puis la ville a décidé d’en reprendre la gestion et de mettre au concours le poste de directeur. « Ce lieu est un rêve », poursuit Denis Maillefer. « Qui ne voudrait pas d’un grand théâtre, avec une salle de répétition, un bar, des bureaux, des logements pour les artistes ? », demande-t-il. Ancienne halle industrielle à l’extérieure de la ville, le bâtiment offre des conforts et des potentiels pris d’assaut dans les grandes villes. Comme souvent en Valais où des entrepôts, des usines électriques ou encore des caves deviennent des lieux de scènes originaux.

Mais le canton s’est aussi donné les moyens de faire vivre sa scène et ses lieux d’exception. En 2006, il amorce un virage significatif en se dotant d’un nouveau système de subventionnement du théâtre (ThéâtrePro VS). Six lieux labellisés par le canton peuvent accueillir des compagnies dont les créations sont largement soutenues par la Loterie romande et la collectivité publique. Entre 70’000 et 140’000 francs sont accordés à chacun des cinq à huit projets sélectionnés chaque année. Le but avoué du chef du service de la culture, Jacques Cordonier, est de professionnaliser le théâtre en Valais. « C’est évident que ce dispositif a joué un rôle lorsque j’ai choisi de venir travailler à Sierre », reconnaît Denis Maillefer. « J’ai pensé que les gens ici avaient envie de développer quelque chose avec intelligence et que nous aurions affaire à un interlocuteur intéressant », poursuit-il en parlant de Jacques Cordonier. Alexandre Doublet, co-directeur du Théâtre les Halles, a d’ailleurs reçu l’une de ces bourses cette année.

Les premiers temps, le dispositif a surtout soutenu des compagnies déjà installées en Valais. Peu nombreuses, elles recevaient très régulièrement les subventions de l’Etat. Et puis, petit à petit, des Valaisans établis ailleurs sont venus créer leurs pièces dans la plaine du Rhône. Rafaële Giovanola, établie à Bonn, rentre chaque année dans sa terre natale pour y créer un spectacle de danse théâtre. Armand Deladoëy, domicilié à Lausanne, a créé une compagnie fille de son « Crochet à nuage » en Valais. Il est le premier à bénéficier d’un nouveau programme de résidence, au Théâtre des Halles justement, étalé sur trois ans. Plus récemment, la compagnie Lunatik a vu le jour. « En sortant tout juste d’une école de théâtre, Elphie Pambu est venue s’installer ici », note Michaël Abbet, directeur du Petithéâtre de Sion et observateur critique de la vie culturelle. « Le canton est devenu un lieu propice, avant tout à l’émergence de nouvelles troupes. »

L’émulation, encore balbutiante, suscitée par ce nouveau mécanisme de subventionnement n’a pas privé les autres projets des moyens qui leur étaient alloués autrefois. Le politique ne choisit pas de soutenir massivement quelques spectacles d’envergure mais continue de saupoudrer ses deniers sur la plupart des projets présentés. « Ici, tout le monde a sa chance, tant que le spectacle ne coûte pas trop cher », résume Michaël Abbet.

Ce projet unique en Suisse romande a fait connaître le canton au-delà de ses frontières. Et a changé un peu l’image d’une sorte de tiers-monde culturel. « Aujourd’hui, on considère mieux les spectacles valaisans quand ils sont proposés en Suisse romande », estime Michaël Abbet. « Mais cela ne veut pas dire qu’ils tournent davantage. » Le rayonnement à l’extérieur du canton reste extrêmement difficile tant que la qualité des spectacles n’obligent pas programmateurs et critiques à remonter le cours du Rhône. (…)

Lire la suite dans un numéro spécial de la revue « Mouvement » à paraître en mars.

www.mouvement.net

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