Les assassins sont parmi nous

jeudi 17 mai 2012, par Manuela Giroud

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« Classiques en stock » sifflote le petit air obsédant de « M le Maudit », le chef-d’œuvre que les nazis rangeaient parmi les exemples d’art « dégénéré ».

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Le meurtrier, marqué du « M » de l’infamie. DR

« M le Maudit » (« M – Ein Stadt sucht einen Mörder »), de Fritz Lang (Allemagne, 1931), avec Peter Lorre, Otto Wernicke, Gustav Grundgens.

L’intrigue

Un tueur de fillettes terrorise la population d’une grande ville allemande. Il a déjà fait sept victimes et la petite Elsie, qu’il rencontre alors qu’elle joue à la balle, sera la huitième. Alors que la police reste impuissante, la pègre, qui voit ses « affaires » perturbées par les actions des forces de l’ordre, décide de chercher elle-même le meurtrier. Elle met à contribution le réseau des mendiants pour surveiller les enfants de la ville. Le coupable est bientôt repéré par un vendeur de ballons aveugle, qui le reconnaît à l’air qu’il siffle (un extrait de « Peer Gynt », d’Edvard Grieg). L’un des poursuivants du tueur réussit à tracer un « M » à la craie sur son manteau.

L’anecdote

Fritz Lang voulait intituler son film « Mörder unter uns » (« Les assassins sont parmi nous »). Mais le parti nazi, se sentant visé par ce titre qui sonnait comme un slogan, fit pression sur le cinéaste pour qu’il en change. Après l’accession d’Hitler au pouvoir, Goebbels, son ministre de la propagande, utilisera quelques séquences de « M le Maudit » dans un documentaire édifiant sur l’art dégénéré.

Bonus

Premier film parlant de Fritz Lang, « M le Maudit » est aussi le premier grand rôle au cinéma de l’acteur allemand Peter Lorre, qui avait déjà une solide carrière théâtrale derrière lui. Le comédien trouve ici son rôle le plus emblématique : un criminel noyé dans la foule, un homme ordinaire, que sa médiocrité rend plus terrifiant encore. La scène dans laquelle, près de se faire lyncher par les truands de la pègre, il exprime son aliénation, mérite à elle seule le détour. Modèle absolu de mise en scène doublé d’un exercice de style magistral, le film est encore remarquable par son portrait de la société allemande. Le tueur d’enfants apparaît comme le cancer qui la ronge, à la veille de la montée du nazisme.

Ce film est disponible à la location auprès de la Médiathèque-Valais.

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