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Le journal culturel valaisan

Monthey : un abîme de perplexité

mardi 2 mars 2010, par Eric Felley

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En annonçant une expérience de loft à Monthey, le collectif artistique Le Garenne, s’est joué des curieux en voulant leur ouvrir les yeux. Les médias se sont fait avoir. C’était bidon.

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On sait qu’en Valais les phénomènes culturels de nos voisins se manifestent parfois des années plus tard. En annonçant depuis plusieurs mois la mise sur pied d’un loft de type « télé-réalité » dans le bâtiment culturel Le Garenne à Monthey, le mouvement des arts de la ville avait suscité une curiosité certaine, médiatique en tout cas. Voilà une performance intéressante loin des grands studios de télévision, avec des moyens dérisoires : 20 francs de nourriture par jour pour quatre personnes.

Dix ans après TF1, quatre inconnus allaient se retrouver entre quatre murs pour partager deux semaines de vie commune dans des conditions spartiates, coupés de tout, mais se filmant les uns les autres pour laisser une trace quotidienne de leur aventure. On a pu faire connaissance avec les deux hommes et les deux filles par l’intermédiaire de Youtube. Leur vie était confinée dans des problèmes relationnels naissants dont la ressemblance était tout à fait réaliste avec la réalité de la télévision, qui elle-même n’avait en fait rien à voir avec la réalité. D’où une vertigineuse mise en abîme.

L’aspect superficiel de ces dialogues, un air de déjà vu, auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. L’absence de toute vie autour du site montheysan durant l’expérience aussi. Quatre comédiens en herbe avaient tourné quelques scènes où l’on parlait cervelas et pomme de terre, avant de retourner à leur vie normale. C’était du bidon dont les dont les objectifs étaient expérimentaux : attirer l’attention par un buzz sur la toile et adopter une position critique envers le voyeurisme prétendument malsain du spectateur.

Pour le premier, le buzz, c’est réussi, même si le final de samedi dernier n’a pas attiré la foule des grands soirs. Pour le second, l’aspect sociétal, on peut en douter, tant le subterfuge relève davantage du poisson d’avril que d’une performance plus complexe. Mais le canular était bien fait, c’est l’essentiel. Il faut être bon joueur. Juré promis, on ne nous reprendra plus en flagrant délit de voyeurisme et on ne s’intéressera plus les yeux fermés aux performances artistiques vendues sous l’appellation « expérience sociale ». Il est vrai qu’on aurait dû se méfier, mais le jeu en valait-il la chandelle ?

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