« Votez non le 26 septembre »

vendredi 17 septembre 2010, par Marie Parvex

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Anne Papilloud, secrétaire générale du Syndicat Suisse Romand du Spectacle (SSRS), décrypte pour nous le contenu et les conséquences de la révision de la loi sur le chômage sur laquelle nous devons voter à la fin du mois. Si la révision passe, la moitié des professionnels du spectacle pourraient se voir contraints de renoncer à leur métier.

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« Pour compenser les pertes liées à la révision de la loi sur l’assurance chômage, il faudrait augmenter de 4 à 5 fois le budget dévolu à la culture », analyse Anne Papilloud, secrétaire du Syndicat Suisse Romand du Spectacle. DR

Il n’y a pas de véritable statut d’intermittent du spectacle en Suisse. De quoi bénéficient les artistes au chômage aujourd’hui ?

Il y a une sorte de mini-statut. Après la révision de la loi sur l’assurance chômage en 2001, une ordonnance d’application a dû être mise en place parce que le statut des travailleurs en situation précaire, dont font partie les travailleurs du spectacle, était devenu trop difficile. La révision avait fait passer de six à douze mois le temps de travail nécessaire pour pouvoir ouvrir un délai cadre. L’ordonnance d’application a permis que le premier mois compte double.

Quels sont les changements que promet la nouvelle révision sur laquelle nous allons voté le 26 septembre ?

Elle fait passer de douze à dix-huit mois le temps de travail nécessaire pour avoir droit au chômage. Le but visé est de réduire le chômage de longue durée. Ce ne sont pas seulement les artistes qui vont être touchés mais tous les techniciens du spectacle et de manière générale tous ceux qui travaillent avec des contrats à durée déterminée. Si l’on veut bien utiliser une expression de Georges Bush, l’impact sur le monde du spectacle est un « dégât collatéral ». C’est en fait tout un pan de l’économie basée sur des contrats à durée déterminée qui va être détruit.

En gros, on est en train de reproduire le scénario de 2001…

Oui. Nous discutons depuis trois ans avec les politiques pour les mettre en garde à ce sujet. Mais ils n’en ont pas tenu compte. Nous ne représentons pas un problème économique important.

Quelles vont être les conséquences pour le monde du spectacle ?

Si la révision passe, plus de la moitié des professionnels vont devoir trouver des solutions autres. La première est de se tourner vers l’aide sociale. La seconde serait de trouver des engagements à côté de leur travail premier. Mais où trouver ces engagements quand on est comédien ? Nous ne sommes pas dans une période de plein emploi. La troisième est de prendre un job « normal » avec des horaires de bureau ce qui empêche toute activité artistique. Ceux qui choisiront cette solution vont sortir du circuit du spectacle et perdre toute possibilité d’être engagés.

N’y a-t-il pas d’autres solutions à proposer ?

Bien sûr. Pour compenser les pertes liées à la révision, il faudrait augmenter de 4 à 5 fois le budget dévolu à la culture. Je veux dire le budget salaire de la culture. Il faudrait aussi augmenter les salaires pour qu’un artiste qui travaille trois mois ait les moyens de vivre quelques temps avec ce qu’il a gagné. Et surtout il faudrait payer l’ensemble du travail effectué. En effet, un comédien ne gagne rien pour apprendre son texte, comme un metteur en scène n’est pas payé pour ses recherches et réflexions avant de commencer les répétitions. Du côté du syndicat, nous travaillons pour augmenter l’employabilité des travailleurs du spectacle. En essayant de développer le secteur des formations dans lesquels il faut utiliser des jeux de rôle : travail social, médical, etc. Le but est de maintenir une culture vivante qui est un facteur d’intégration essentiel à la société. Pour utiliser une formule souvent entendue : « la culture coûte cher ? Essayez donc l’ignorance ! »

Les économistes purs et durs diront que si la moitié des professionnels du spectacle doivent cesser leur activité, c’est qu’ils sont trop nombreux pour l’économie suisse et que c’est une régulation naturelle.

C’est complètement faux. Même le grand Gérard Philipe avait besoin du chômage. Vous pouvez être hyper talentueux, avoir énormément de contrats, il n’est pas possible de faire constamment coïncider les dates de vos engagements pour ne pas avoir de trou dans le planning. Avec d’aussi petits salaires, vous ne pouvez pas survivre sans chômage.

Le mot de la fin ?

Comme disait Alphonse Allais « Il faut prendre l’argent là où il se trouve, chez les pauvres. D’accord, il n’y en pas beaucoup mais ils sont nombreux. » Lors de notre week-end d’action contre cette révision (les 11 et 12 septembre), Pierre-Yves Maillard a affirmé que si tout le monde payait les cotisations chômage sur l’ensemble de son salaire, l’assurance ne serait pas en déficit. Plutôt que d’enlever le plafond qui permet à ceux qui gagnent plus de 300’000 francs par année de ne cotiser que sur ces 300’000 premiers francs, on préfère réduire les prestations pour ceux qui gagnent peu. En conclusion : votez non le 26 septembre !

Pour plus d’infos : le site du syndicat

A lire aussi : En phase avec les intermittents par Eric Felley

Et L’assurance chômage, des mesures comptables, par Michel Lambert, journaliste citoyen.

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1 Message

  • « Votez non le 26 septembre » 17 septembre 2010 14:22, par Marie Parvex

    Mort à tous ceux qui ne vivent pas dans la norme petite bourgeoise ! C’est le sous-titre que j’aurais envie de mettre à cette révision de la loi sur le chômage. Que disparaissent ceux qui ne sont pas assez secs derrière les oreilles pour obtenir la confiance d’un employeur. Que meurent ceux qui refusent d’entrer le système métro-boulot-dodo. Que périssent engloutis les rêveurs, les poètes, les philosophes et tous ceux qui osent dire une autre réalité que celle de la pure fonctionnalité économique.

    En choisissant cette révision, on réduit les droits et les soutiens à tous ceux qui ne marchent pas dans le rang.

    Mais que devient une société sans intellectuels, sans imagination, sans capacité critique ? Elle devient un système mécanique et froid de production, de rentabilité, d’inhumanité. N’en avons-nous pas déjà suffisamment de ce biscuit-là ?

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