Fruits et légumes s’arment d’ironie pour dénoncer leur rapport à l’homme

mardi 8 mai 2012, par Gilles d’Andrès

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Plus que dénoncer les dérives génétiques liées à l’agriculture, l’exposition Agromanie propose, sur le ton de l’ironie, une fine critique de la société de consommation actuelle. À découvrir au château de Réchy jusqu’au 23 juin prochain.

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C’est la révolution dans le potager avec la Contre-attaque des légumes (copyright unkraut.biopop.)

Les légumes sont sortis du potager pour manifester, un hanneton a pris la place d’un paysan au volant d’un tracteur et un nouveau produit a été créé, l’anthropicide, à utiliser contre le « ravageur humain ». Il y a comme un petit air de révolution par les plantes au château de Réchy depuis le 31 mars dernier. On l’aura compris, l’univers agricole suisse est totalement tourné en dérision par les artistes Unkraut et Biopop. Derrière ces deux pseudonymes, la Bernoise Sarah Kreuter et le Zürichois Urs Lehmann, qui collaborent depuis 2003 et viennent de s’installer en Valais. Invités à l’occasion de la carte blanche annuelle d’Arts Pluriels, qui propose une réflexion autour des passerelles entre artisanat et art contemporain, les deux artistes ont pu utiliser l’espace des trois étages du château de Réchy à leur guise. Projections, illustrations, photographies, mises en scène d’objets, ils ont touché un peu à tout pour construire Agromanie. Et tous deux ne sont pas novices en matière de génie génétique et de biodiversité, puisqu’ils ont entre autres assuré un tutorat de Bachelor sur la thématique Art = Nature à l’Ecole cantonale d’art du Valais (ECAV) en 2009-2010. Ils ont aussi présenté l’exposition Compost de vie à la Ferme-Asile à Sion en 2010 et obtenu à Davos le Public eye film Award pour leur film Dispersion en 2007.

Une nature qui ne se prend pas le chou

À l’entrée de l’exposition, plusieurs plantes –des lis chevelu –, toutes à un stade différent de leur croissance et qui cherchent toujours plus d’espaces pour s’échapper de leurs cages et s’autonomiser. Le ton est donné. On attaque l’irresponsabilité de l’homme, son autorité exercée sans compromis sur la nature et les dérives du génie génétique. Alors, simples délires de puristes un peu roots ou fine critique de la production agricole et de la société de consommation actuelles ? En parcourant les étages du château de Réchy, on opte sans hésiter pour la deuxième alternative, tant chaque élément de l’exposition semble apporter un point de vue nouveau sur la société contemporaine et son rapport à l’environnement. En fin de compte, il s’agit moins d’une réflexion sur la nature que sur l’homme, portée à travers le regard des fruits et des légumes. Une critique qui fait dans la subtilité et l’originalité, aidée par l’omniprésence de l’ironie qui lui confère une certaine légéreté. Mais les thèmes abordés, très variés, représentent autant de stigmates d’une société qui a mal à sa nature.

Moqueries autour de la consommation humaine

Ce sont peut-être les fleurs artificielles, souvent d’avantage appréciées grâce à leur plus grande longévité et parce qu’elles ne nécessitent aucun entretien, qui expriment le plus parfaitement l’absurdité de la demande contemporaine des êtres humains. Ou alors cette poire sous perfusion, dénaturalisée, travestie, asphyxiée par tant d’attentes de la part des consommateurs. Agromanie, une démarche sincère de la part des auteurs, une réflexion sur le mode de l’ironie plutôt qu’une critique dure et ciblée, un point de départ sympathique pour méditer sur l’avenir de l’agriculture et de la biodiversité. Ce qu’essaie de nous dire le Compost mental présenté en fin d’exposition : un cerveau dans un récipient à compost plein à ras bord comme proposition de partage d’idées appelant à la créativité et à la recherche d’alternatives pour évoluer vers un rapport à la nature plus… naturel.

Agromanie, au château de Réchy jusqu’au 23 juin prochain, ouvert le jeudi et vendredi de 14h à 18h et le samedi de 10h à 16h. Visites guidées avec les artistes le jeudi 10 mai à 15h et le vendredi 1er juin à 17h.

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