Gaijin ou la quête identitaire

vendredi 13 avril 2012, par Gilles d’Andrès

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L’exposition de David Favrod, artiste valaisan d’origine suisse et japonaise, est présentée à la galerie du Crochetan jusqu’au 24 mai prochain. Une quête identitaire très intime où l’univers japonais s’immisce avec subtilité.

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Dans La femme du pêcheur , les nattes de la jeune fille font allusion au poulpe, un animal omniprésent dans la tradition culinaire et l’iconographie japonaise. david favrod

En général, je m’embrouille un peu quand je dois parler de moi, je me prends les pieds dans l’éternel paradoxe du « qui suis-je ? ». L’exposition de David Favrod s’ouvre sur un aveu intime : celui du questionnement identitaire. Balancé entre ses origines suisse et japonaise, l’artiste a dû composer avec les deux sur sol valaisan, où il vit depuis l’âge de six mois. Très influencé par la culture nippone que lui a transmise sa mère, il demande dès sa majorité la double nationalité à l’ambassade japonaise, qui la lui refuse. C’est de ce sentiment de rejet mais aussi d’une volonté d’affirmer être autant japonais que suisse qu’est né ce travail, écrit Favrod. Avec au bout une exposition baptisée « Gaijin » (étranger), présentée à l’occasion des Rencontres photographiques d’Arles, puis au Musée de l’Elysée de Lausanne et actuellement à la galerie du Crochetan.

Etrange métissage

En parcourant « Gaijin », on entre dans un univers très personnel et original. Ce caractère intime commence peut-être par le choix du mode d’expression. Les mises en scène photographiques côtoient toute une série de clichés de famille et autres reliques datant de l’enfance de Favrod. Une sélection minutieuse qui donne du corps à l’ensembre de l’œuvre et soutient les instantanés réalisés par l’artiste dans l’expression du questionnement identitaire qui le domine. Ici une photo de son père déguisé en Guillaume Tell, là une autre de sa mère portant l’habit traditionnel japonais, ici un paysage que l’on jurerait typiquement suisse et là le mont Fuji pointant derrière un troupeau de moutons (ou n’est-ce en réalité qu’un sommet alpin ?). Au cœur de cet étrange métissage, on retrouve, image éloquente, la cascade de la Pissevache que Favrod a photographiée avec des critères et une composition empruntés aux estampes japonaises. Les photographies de l’artiste, dont plusieurs sont des autoportraits, demeurent la substance principale de son travail. On découvre l’artiste tour à tour grimmé, maquillé, masqué, perdu aux confins d’une quête identitaire où sont dissimulés des échos subtils à l’art ou à la culture nippone.

Références iconographiques

Dans « Gaijin », tout semble avoir été étudié dans le but de perdre le spectateur en le précipitant dans une sorte de syncrétisme culturel et artistique, où l’univers japonais se manifeste au coup par coup, au travers de symboles traditionnels et de références iconographiques constamment réinterprétés par l’auteur. Un voyage à ne pas manquer, que David Favrod nous offre sans pourtant n’avoir jamais vécu au Japon. L’artiste s’est principalement inspiré des récits de sa mère et de ses grands-parents, de souvenirs d’enfance et de la culture qu’on lui a inculquée. Ce travail représente une tentative de construire son propre Japon dans son pays d’origine et de résidence, à savoir la Suisse.

Jusqu’au 24 mai au Théâtre du Crochetan de Monthey

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