Des couloirs, elle en rêve toutes les nuits. Aux Halles de Sierre, la photographe Julie Langenegger propose un voyage à travers le temps et ces endroits de passage où nos vies s’écoulent souvent dans la banalité la plus austère. C’est un travail que l’on peut qualifier de classique, dans la mesure où on retrouve l’unité du lieu, l’unité des formats, de la prise de vue, de la perspective et l’unité du temps, c’est-à-dire des couloirs aujourd’hui. Certains nous sont plus ou moins connus par leur caractère public : l’hôpital, l’ORP, le couvent, le home, la prison. Ils sont fonctionnels, rectilignes, percés de portes, ponctués par un escalier ou une porte principale.
Le couloir signifie souvent l’ennui, l’attente, le no man’s land, bref, pas la joie, et c’est finalement un endroit où l’on ne reste pas, que l’on ne s’approprie pas. Ainsi les couloirs de Julie Langenegger à Martigny, Saint-Maurice, Sion ou Sierre, sont saisis dans leur vacuité totale, seulement habités par leur lumière spécifique. Malgré l’aridité du sujet, l’œil de la photographe en tire une poésie qui se passe de mots, d’où le titre adéquat de l’ensemble « L’éloquence du silence ». Tout compte fait, ce serait une bonne chose d’avoir un de ces couloirs chez soi, car ils sont très reposants et provoquent une rêverie naturelle, un bavardage intérieur. Il reste à les habiter soi-même avec ses souvenirs ou à sa fantaisie. Tout un programme.
Notons pour la petite ou la grande histoire, que Léonard Gianadda a apporté son aide pour cette réalisation. Ici, bon goût ne saurait mentir.


