Olivier Saudan est un peintre d’une grande prolixité. Pour sa quatrième exposition à la Fondation Louis Moret (après 91, 95 et 2001), il présente une sélection de peintures et dessins qui couvrent près de trente ans de pérégrinations diverses, qui tiennent en particulier du voyage autour de son chez soi. L’iconographie des œuvres retenues ne va pas chercher midi à quatorze heures : table, chaise, tasse, guéridon, couteau, brosse à cheveux, citrons, oignons ou emballage de whisky. Tout est à portée de main et constitue une sorte de nature morte fragmentée, ou une petite brocante accumulée depuis 1983.
Le peintre donne de petites appréciations sur ces choses anecdotiques, qui sont prétextes au dépouillement et à une concentration digne d’un moine zen. L’essence des formes se retrouve ou se devine sous un pinceau baladeur ou un crayon rapide. En transitant par le tableau, ces objets ne sont guère mis en scène. Ils contaminent le tableau qui devient lui-même un objet spécifique. D’où l’utilisation de cadres dorés bien présents pour qu’on ne l’oublie pas.
Oliver Saudan est un « sérial painter ». La directrice de la Fondation Morte Marie-Fabienne Aymon l’explique ainsi : « Sa peinture se lit comme une obsession, en boucle, d’un geste à l’autre, dans un recyclage permanent, une nécessité constante de mettre en scène la vie ordinaire du peintre héroïque… » L’héroïsme est sans doute ici un euphémisme. Depuis trente ans Olivier Saudan, par ailleurs professeur à l’ECAL, n’a cessé de créer au point qu’on se demande comment il fait pour gérer toute sa production. Marie-Fabienne Aymon précise : « Il recycle beaucoup. Si on aime une œuvre, il faut s’empresser de l’acheter car il se pourrait qu’elle n’existe bientôt plus ». Si l’obsession est le moteur positif de l’œuvre, elle exprime toutefois une grande variété de visions réunies sous une esthétique personnelle, qui emprunte à la peinture contemporaine entre abstraction lyrique, nouveau réalisme, minimalisme et parfois pop. Pour en avoir un large aperçu, le site www.olivier-saudan.ch est presque exhaustif et reflète bien le vaste horizon que le héros embrasse, tel l’ingénieux hildalgo de l’histoire.


