La Grenette – Galerie de la Ville de Sion

ROBERT HOFER MULTIPLE ET UNIQUE

mercredi 16 mai 2012, par François Praz

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Exposition Robert Hofer à la Grenette

Technicien épris de perfection formelle, on aurait pu déduire de ses prises de vue botaniques que le photographe sédunois était un classique, un peu comme l’ont été avant en lui un Boileau ou un Malherbe en littérature. L’introspective qu’il nous propose à la Grenette rompt ce cliché en nous confrontant à un portfolio d’une variété plus conséquente que beaucoup ne l’auraient imaginé. « Pour moi, l’ailleurs commence déjà après le pas de porte… et même avant », lance le photographe en guise de paradoxe à portée pédagogique. Le niveau inférieur de la galerie rassemble des photographies qui illustrent sa dimension de documentariste et de reporter-rapporteur des réalités valaisannes au fil des décennies. La pesanteur du temps s’y fait palpable, de telle sorte que le spectateur se surprend à se trouver lui-même vieilli et comme daté. Sur le devant de la salle, les portraits de trois espiègles messieurs invitent l’humour à cette danse visuelle. Une autre section rassemble les portraits de personnages qui hantent habituellement le quartier du Grand-Pont, ses cafés et ses terrasses, soit le périmètre même où est implantée l’exposition. Ces citations biotopiques induisent un effet de mise en abyme, la ville envahissant la galerie alors que le constat inverse apparaît comme tout aussi vrai. Chez ces figures empruntées au quotidien, la force des regards interpelle. On quitte ici le document photojournalistique pour aller vers le portrait, entendu au sens pictural du terme.

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Exposition Robert Hofer à la Grenette

Au niveau supérieur de la galerie, l’impression d’enfilade de la salle principale due à son étirement empêche d’appréhender du regard l’ensemble des oeuvres qui s’enchaînent au gré des parois. Une première série met mélancoliquement en scène une femme que l’on retrouve dans différents contextes, que ce soit au coeur de son foyer, en héroïne solipsiste, ou alors assise à la table d’un authentique café valaisan débordant de vie ou encore songeuse à la fenêtre d’un train. Le magnétisme de ses yeux opère, au-delà d’un désenchantement qui menace de recouvrir cette existence de son voile définitif. Plus loin, la figure totémique de Maurice Chappaz

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Exposition Robert Hofer à la Grenette

hante l’extrémité de la pièce. Solennel et facétieux, que ce soit dans un même instant ou par alternance, l’écrivain se fait multifacettes, ce qui accentue son caractère évanescent. L’an dernier, Robert Hofer s’est défini comme un photographe de province lors de l’exposition qui s’est tenue sur trois sites du Val de Bagnes. En trente années d’activité, il a rassemblé plus de 700’000 images. Pas moins. Le catalogue qui a été tiré de ces regards lancés comme par-dessus son épaule donne en tout cas de l’élan : on se sent honteux de ne pas avoir su lui emboîter le pas plus tôt, de ne pas s’être projeté vers des richesses humaines et naturelles si proches qui ne demandaient qu’à enrichir nos expériences d’habitants des Alpes. Car, comme nous le souffle cette anthologie photographique, entre haute création et culture profane s’immisce notre orgueil, à nous autres, les provinciaux, qui, seuls, osons métisser les registres au gré d’associations aussi libres que nous le sommes.

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