Critique

Alain Bagnoud, le cul entre deux chaises

mardi 2 novembre 2010, par Eric Felley

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« Le Blues des vocations éphémères ». Alain Bagnoud. 204 p. Editions de l’Aire. Vevey. 2010

Avec son nouveau récit autobiographie, l’écrivain Alain Bagnoud nous ramène au début des années 80, lors de ces débuts à l’université de Genève. Dans « Le blues des vocations éphémères », il raconte cette période troublée où les certitudes s’effondrent et se construisent.

Dans un huitième livre paru aux Editions de l’Aire, l’écrivain Alain Bagnoud nous fait revivre une période de sa vie qui remonte aux années 80. Autobiographique, dans le fil des deux livres précédents, « Le blues des vocations éphémères » fait référence à un vieux thème de 1928 - « The blues of passing vocations » - standard joué par l’écrivain-guitariste à cette époque. Un titre qui couvre parfaitement le contenu de cette tranche de vie, où l’auteur se cherche entre la musique, la peinture et enfin l’écriture.

Alain Bagnoud, née à Chermignon en 1959, fils de paysan, démontre sa volonté claire d’alors de devenir un artiste, un créateur. Cette position est forcément inconfortable pour le jeune Valaisan parachuté à Genève au milieu d’une population estudiantine plus riche et plus urbaine, alors que sa terre natale s’accroche encore à ses bottes. Il se heurte à l’indifférence et à la froideur de ce milieu, à l’inverse de son coin de Valais où il a gardé ses attaches, une petite amie baba-cool et des copains d’orchestre de bal. Il en résulte une peinture assez précise, presque universelle de ce petit milieu saisi dans un vernissage ou un bal de village. Alain Bagnoud s’attarde aussi, un peu trop peut-être, à régler d’anciens comptes avec les milieux de la fumette et de la défonce de l’époque, hippies fatigués arrivés trop tard sur le marché du rêve.

Il découvre aussi que son meilleur ami est homosexuel : « Je sors du lit d’un mec » lui dit-il un jour, et cette phrase n’en finit pas de tourner dans sa tête. D’autres aussi ont fréquenté les cercles littéraires et masculins autour d’un professeur surnommé Décaméron. Ce qui semble être une constante autour des collèges valaisans. La découverte de l’homosexualité de son ami symbolise l’effondrement d’un monde et une remise en question profonde, qui s’étend aussi à son avenir de peintre ou de musicien.

Dans cette période, Alain Bagnoud a littéralement le cul entre deux chaises. A Chermignon, il passe pour un intellectuel qui voudrait snober son monde et ses amis d’enfance. Et à Genève, il n’est rien qu’un étudiant valaisan un peu perdu et maladroit qui revendique une autre culture. Certains Valaisans de cette génération se retrouveront dans son personnage balloté entre la ville, le train et le retour au village, sur un fond de camaraderie estudiantine, de velléités sentimentales et de solitude.

Il y a dans ces pages la franchise d’un récit de vie et ses vertus thérapeutiques. Alain Bagnoud se met à nu, sans complaisance, dans des petites choses, des petites réflexions qui peuvent nous paraître anecdotiques ou parfois un peu sentencieuses. Trente ans plus tard, des vocations éphémères, il reste l’écriture et une forme d’éducation sentimentale qui plonge le lecteur dans la rêverie de ses propres souvenirs, finalement pas si lointains.

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