Lire ou ne pas lire Houellebecq

lundi 18 avril 2011, par Eric Felley

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Dans un nouveau recueil de textes, l’écrivain Jérôme Meizoz dévoile son univers littéraire et rend hommage à Adrien Pasquali, qui mit fin à ses jours en 1999. Il en profite pour dénoncer la monté de « l’esprit UDC » dans la presse monopolistique valaisanne.

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« Lettres au pendu. Et autres écrits de la boîte noire », Jérôme Meizoz.

« Lire ou ne pas lire Houellebecq », telle est la question que se pose l’écrivain Jérôme Meizoz, dans son dernier recueil de textes réunis sous le titre « Lettres au pendu ». Le pendu, c’est l’écrivain valaisan d’origine italienne Adrien Pasquali, qui s’est suicidé en 1999 à Paris. Il avait 41 ans et était l’auteur notamment de « L’éloge du migrant ». Jérôme Meizoz, de neuf ans son cadet, l’avait connu les années précédant sa disparition. La mort de ce « grand frère » en littérature, l’a poursuivi durant ces années. Tout comme celle du poète de Fully Vital Bender qui mit également fin à ses jours quelques années plus tard. La destinée de certains écrivains valaisans est marquée par le tragique et la solitude : « Une fois engagé dans les mondes littéraires, qu’advient-il de nous ? » Jérôme Meizoz, fidèle à sa touche impressionniste, rend hommage avec révérence et nostalgie à son mentor. S’adressant au disparu, il en profite aussi pour griffer un certain Valais représenté par la presse monopolistique du canton. Constatant que « à la faveur d’affinités personnelles, l’esprit UDC a infiltré le Nouvelliste », il en vient presque à regretter le temps de son « conservatisme moral » plutôt que la « révolution conservatrice » d’aujourd’hui, mêlant « consumérisme, populisme et paternalisme social ». Comme il l’avoue bien volontiers, l’écrivain Jérôme Meizoz a une préférence pour les textes courts. Son recueil est composé de textes écrits ces dernières années ou de contributions à des revues ou à des ateliers d’écritures. Il nous aide à découvrir son univers littéraire et philosophique foisonnant, traversant les âges et les tendances. A cet exercice Jérôme Meizoz est de bonne compagnie, entre les exigences morales qu’il défend et qu’il relativise bien souvent, pour laisser en suspens le doute qui l’habite. Alors il pose la question « Lire ou ne pas lire Houellebecq ». D’un certain côté, par le matraquage publicitaire et le dandysme décadent du personnage, il avoue avoir « peu de sympathie » pour le personnage, qualifié de « performer contemporain pour plateaux télé ». Mais Jérôme Meizoz a lu « presque tous ses livres », marquant une préférence pour le « romancier en pseudo-sociologue : ses fictions détournent avec une morne jubilation les grands discours sociaux (économique, médical, religieux, etc.) » Il apprécie aussi « la mélancolie diffuse qui percole dans ses textes, sur fond de cynisme narratif. » Cela dit, Jérôme Meizoz se met lui-même à l’ouvrage et nous livre trois nouvelles inédites dans l’air du temps, non dénuées de la mélancolie diffuse qu’il sème lui-aussi dans ses écrits.
« Lettres au pendu. Et autres écrits de la boîte noire » Jérôme Meizoz. Illustrations André Crettaz. Collection Racines du Rhône. Editions Monographic. Sierre. 2011.

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