Noëlle Revaz en visite à Sion

samedi 24 octobre 2009, par Eric Felley

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Vendredi soir, l’ambiance était toute littéraire chez Françoise Berclaz dans sa libraire La Liseuse. Elle recevait la plume du moment que tout le monde s’arrache ou à laquelle d’autres s’accrochent.

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Noëlle Revaz
Daniel de Roulet, Noëlle Revaz, Françoise Berclaz et Dominique de Rivaz, vendredi soir 23 octobre à La Liseuse à Sion pour une séance de dédicaces.

Elégante dans une robe à motif écossais, Noëlle Revaz s’est rendue à Sion après une longue journée passée dans les trains. Elle dédicaçait son deuxième livre paru chez Gallimard, son roman d’amour « Efina », qui retrace les vies parallèles d’une femme et d’un homme de théâtre T., trajectoires qui se rejoignent parfois, mais pour mieux s’éloigner souvent. Le succès est semble-t-il au rendez-vous, puisque une cinquantaine de personnes sont venus la rencontrer pour la voir en chair et en os. A ses côtés, l’écrivain Daniel de Roulet avait sensiblement moins de travail pour signer son livre « Le silence des abeilles ». A ses côtés aussi, la cinéaste zurichoise Dominique de Rivaz présentait son ouvrage « Le Chemin du Mur de Berlin. »

Efina et la lettre T.

« Efina » semble connaître un joli succès de librairie. Cela dit, on n’a guère lu de critiques à son sujet. Beaucoup d’articles descriptifs sur la trame du roman, des articles promotionnels, mais finalement peu sur la qualité ou la « lisibilité » de ce texte. Certes, on relève un certain humour, une certaine dextérité narrative, notamment épistolaire. Mais pour le reste il faut dire que le livre a tendance parfois à nous tomber des mains, même en faisant preuve de la meilleure volonté du monde et d’une belle endurance. La faute en incombe sans doute au ton et à la répétition de la lettre T. qui est employé près de mille fois dans le texte. Et puis les histoires de chiens, qui prennent des pages et des pages, sont un peu désespérantes. Mais bon, c’est Noëlle Revaz, étoile toujours montante de la littérature romande, comme il est écrit dans Le Temps du jour. Qui pourrait même prendre la place de Jacques Chessex…

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4 Messages de forum

  • Noëlle Revaz en visite à Sion 25 octobre 2009 19:43

    Parce que tu penses vraiment que ton article est une critique littéraire qui va plus loin que celle de Libération, des Inrockuptibles, du Temps ?

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  • Noëlle Revaz en visite à Sion 28 octobre 2009 19:34, par Fournier B.

    Cher Monsieur Felley,

    Votre article ne me paraît pas tout à fait rendre justice au livre dont il est question. Je me permets donc d’y ajouter un complément, que j’ai utilisé déjà dans un autre contexte.

    Efina raconte (entre autres) un homme au temps de sa gloire et de sa déchéance. Il est acteur au théâtre. Il méprise le cinéma. De magnifique il verse dans le pitoyable. Il vieillit. Il aime Efina. Efina l’aime. Elle aussi vieillit. Pourtant séparations, retrouvailles, séparation finale, mort. On lit l’échec d’un amour. On lit des monceaux d’échecs et quelques succès. On lit que la vie ne ressemble guère aux vies du théâtre et que tout projecteur forme une ombre invisible sur le plateau ou sur le mur du fond. On a pitié d’Efina et de l’acteur, on les admire un peu, on les regarde. On continue la lecture et on pense qu’aujourd’hui c’est ça, Tristan et Iseut. C’est par la langue que Noëlle Revaz s’insinue dans la vie d’Efina et de son vieil acteur, par les rythmes, parfois par l’invention, par une rhétorique toute classique dans les méchantes missives de l’un, dans les réponses habiles de l’autre. La virgule de la première phrase, déjà commentée, continuera de l’être ; mais aussi le latin sous le français, la syntaxe parfois malmenée, mais pas tant que ça, ce qu’il faut pour atteindre un équilibre, des accusatifs renvoyés contre l’usage en fin de phrase, des compléments circonstanciels posés de manière surprenante avant le verbe ou avant le complément d’objet direct, quelques propositions tronquées : en interrogeant l’ordre des mots dans la phrase, en mutilant ou cassant les syntagmes, l’auteur rend aux termes leur signification première ; si un livre en est capable, il a déjà fait beaucoup. Nul besoin dès lors d’un vocabulaire particulier. Celui d’Efina est simple, courant, l’originalité du langage concerne davantage la combinaison des mots que les mots eux-mêmes. En quoi Noëlle Revaz réussit davantage la beauté d’un texte que la beauté d’une histoire, soutenue, nourrie, élaborée par l’enchaînement des adjectifs, des noms, des verbes dans un ordre signifiant par lui-même ; en somme c’est le travail des artistes d’agencer leurs couleurs dans un mélange qui fait sens. Un présent obsédant, rapide ; on peut lire sans respirer ou presque (sans quoi on étouffe) ; un indicatif permanent qui ferme le sens des événements, qui rompt le doute sur ce qui se passe, qui force le lecteur à jouer sans nuance le jeu de la fiction. Doute il y a, mais pas sur les événements ; l’auteur se garde bien de les interpréter, on tente à la lecture de le faire mais les pistes aussitôt ouvertes amènent ailleurs, on est surpris, on prend note des changements, des revirements, on se dit qu’au fond quoi qu’on en pense ça se passe comme ça. Ce livre peut nous plonger dans un monde malsain, décadent, mais juste ; c’est ce qui fait sa pertinence, et ce qui, à l’image de son protagoniste masculin, le rend beau, ambigu, dangereux.

    Bastien Fournier

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  • Noëlle Revaz en visite à Sion 29 octobre 2009 22:36, par Vincent Pellegrini

    Salut Noëlle,

    Bravo d’avoir créé ton univers scriptural. Tu vois, on peut parfois être reconnu par les sien. Ton cousin germain Vincent Pellegrini qui se remémore avec beaucoup de nostalgie les fêtes d’antan à Otanelle.

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    • Noëlle Revaz en visite à Sion 30 octobre 2009 07:22, par eric felley

      Bonjour

      Merci à Bastien Fournier pour son texte. Merci au cousin germain VP. J’aimerai ajouter ceci. C’est rendre honneur à un livre et à l’auteure que lui faire une légère critique. J’estime qu’un livre n’existe pas sans cela. Il n’y a rien de pire que de ne susciter aucune réaction. Le silence. Je sais que Noèlle Revaz a beaucoup donné pour ce livre. Je l’ai lu de bout en bout, (ce qui n’est sans doute pas le cas de tout le monde) j’ai apprécié, je me suis ennuyé par moment, il m’est tombé des mains, je l’ai repris, je me suis accroché, je suis revenu, j’ai lu plusieurs fois les mêmes pages, les mêmes épisodes, etc. Ce n’est pas un livre facile, parce qu’il est très personnel. Mais, du point de vue du style, pour en revenir à ce qu’en dit Bastien Fournier, c’est beaucoup d’effort aussi parce qu’on retombe par ci par là dans les travers du nouveau roman, dans la répétition des shémas syntaxiques, dans une sorte de langue artificielle qui sort du cadre narratif. Et là, le livre nous tombe des mains. Mais, le dépit passé, on se baisse pour le ramasser.

      ef

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