Jérôme Meisoz

Réveille nos fantômes

lundi 17 mai 2010, par Eric Felley

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L’écrivain valaisan sort un recueil de courtes nouvelles sur le fil du temps. Dans un style économe et tout en finesse, il nous livre « Fantômes ».

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Jérôme Meisoz, un livre, qui ouvre bien des portes du passé. DR

Par définition, un fantôme n’a pas de forme particulière. Il peut s’agir de revenants, de spectres, de fluides célestes mais aussi, plus généralement, d’un inconscient collectif qui resurgit par bribes et morceaux. Les redoutables fantômes du passé. L’écrivain valaisan Jérôme Meisoz, 43 ans, maître assistant à l’Université de Lausanne, évoque ces différentes facettes dans son nouveau livre, recueil de dix nouvelles, intitulé sobrement « Fantômes ».

Le livre inaugure un rendez-vous de disparus qui reviennent au village l’espace d’une journée de carnaval. Les voilà sortis de terre ces morts presque oubliés de notre enfance, habillés de quelques souvenirs et anecdotes. « Des morts anciens, très fiers, parlaient haut… », raconte l’auteur. On présume que ce sont ses fantômes, dont la mère, qui elle ne parle plus. Ils ressemblent aussi à tous ceux qui hantent les villages valaisans. Nos fantômes sont un peu comme des images qu’on échange.

Le narrateur nous promène dans une famille d’antan, où le fils de 18 ans n’est pas rentré de la nuit et se retrouve en retard pour le dîner. Il faut s’attendre au pire. Puis, dans le Val d’Hérémence, des enfants perdent leur maman, mais ne le savent pas encore. Dans le texte suivant, les fantômes du passé s’accrochent. Il évoque en quelques pages très serrées un conflit de génération après mai 68 dans un milieu rural soudain contaminé par la libération des mœurs. Jérôme Meisoz dresse aussi un portrait raccourci en quelques pages d’une famille ordinaire de ses débuts à son extinction. Les morts rejoignent le monde des photos alignées sur la bibliothèque. La maison familiale se remplit d’enfants et se vide de vieux.

Le recueil nous offrent deux nouvelles plus contemporaines, faisant allusion au monde des pendulaires, des foules et du retour chez soi. Et il se termine par une évocation du travail du faucheur dans les prés. La faux, comme une « tâche de loisir » devenue nécessaire, comme une allégorie et un point final. Le contexte de ces nouvelles fait référence à une terre rurale en mouvement. Valais d’époque, générations, personnages, décors, détails et traits de langage constituent le fond de la toile où se tapissent les fantômes protéiformes. Jérôme Meisoz, transcrit cette atmosphère avec son style économe, elliptique, poétique et surprenant qui laisse longtemps sa musique lorsqu’on arrête la lecture. Il s’en dégage aussi un regard serein et apaisé sur la fuite du temps, que l’on retrouve dans les citations d’auteur au début des textes : « La vie est ce qui se passe pendant qu’on est occupé à faire autre chose » (John Lennon).

Pour Jérôme Meisoz, le commerce des fantômes se révèle aussi et surtout un exercice de sagesse. Une sagesse forcément toute relative. Son œuvre rejoint celle des adeptes de l’ironie cosmique si fertile dans le monde littéraire. Ses lecteurs seront sensibles à cette fraternité d’esprit.

« Fantômes ». Jérôme Meisoz avec des illustrations de Zivo. Editions d’en bas. Lausanne. 2010.

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