« Le patois est une langue à part entière »

mardi 10 mai 2011, par Cécile Gavlak

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Samedi soir, la chanteuse Sylvie Bourban, née à Nendaz, enchantera la Place de la Majorie à Sion, avec le pianiste Olivier Magarotto. Une première pour ce duo qui mêlera chansons en patois valaisan et morceaux choisis du répertoire. Interview.

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A 28 ans, Sylvie Bourban vient de sortir un album tout en patois valaisan, adaptation jazzy d’un patrimoine qu’elle souhaite faire voyager. DR

Ce week-end, les Sédunois assisteront à la première d’un duo prometteur. Native de Nendaz, Sylvie Bourban vient de sortir son album « Carnet de route », composé à partir du patois valaisan. Samedi, à l’occasion de la Nuit des musées, elle et Olivier Magarotto, notamment pianiste à l’émission des Dicodeurs sur la Première, proposeront un concert aux touches théâtrales.

Sylvie Bourban, samedi soir, vous vous produirez en duo avec Olivier Magarotto. Qu’allez vous interpréter ensemble ?
Ce sera une première pour le duo que l’on vient de monter. Lui est au piano et moi au chant. J’utilise également des effets, comme un mégaphone et des percussions. Comme les musiciens de mon groupe viennent de Suède et des États-Unis, il fallait que je trouve une solution pour assurer les dates ici. Avec Olivier Magarotto, nous allons faire un bout de chemin ensemble. Samedi, à Sion, nous interprèteront des morceaux de mon album « Carnet de route », mais aussi des morceaux choisis du répertoire, comme ceux de Tom Waits par exemple.

Votre album « Carnet de route » est chanté en patois, comment êtes-vous arrivée à cela ?
A la base, je chante dans différentes langues, en arabe ou en portugais par exemple. L’album « Carnet de route » vient d’une commande de Bernard Bornet, le président du Conseil du Patois en Valais. L’idée était de réaliser plusieurs CD de chansons en patois, dans différents styles, il m’a demandé de faire celui en version jazzy en cinq mois. Pour ça, j’ai beaucoup collaboré avec ma meilleure amie Marlène Maurice, qui parle le patois d’Evolène.

La composition de l’album s’est faite dans une ambiance familiale…
Oui, j’ai travaillé avec mon oncle, mon père ou d’autres personnes qui comprennent le patois de Nendaz. Moi-même, je ne le parle pas, mais j’ai souvent entendu mes grands parents ou les gens du village parlé en patois. Quand Bernard Bornet m’a demandé de faire cet album, il m’a mis à disposition des partitions et des paroles de chansons. J’y ai trouvé « Il est trop tard », chanson de Georges Moustaki, déjà traduite, et que mon père me chantait quand j’étais petite. Je l’ai enregistré en train de la chanter et cela m’a donné l’idée d’un duo ensemble, duo qui se trouve sur l’album. Sinon, j’ai beaucoup composé toute seule à partir des sonorités.

Finalement, ce sont donc les sons des mots qui vous ont guidée ?
Oui, par exemple, je voulais parler de la simplicité des gens de Nendaz, à travers un bol d’eau et des céréales. C’est le mot qui comptait. J’ai demandé à plusieurs personnes de me dire des noms de céréales en patois. La chanson est devenue « Oun pan de chéya » (un pain de seigle). J’ai aussi utilisé un dictionnaire de patois de Nendaz. Pour une des chansons, avec mon amie Marlène, nous voulions parler d’un pélican, mais le mot n’existait pas en patois, donc c’est devenu une coccinelle. Pour moi, le patois est une langue à part entière, ce qui m’intéresse c’est sa mise en bouche.

Quel regard portez-vous sur le paysage culturel valaisan ?
Il y a un esprit ouvert dans le public, qui a envie de découvrir de nouvelles choses. Les gens se laissent surprendre. Il y a une générosité de cœur chez le public valaisan. Et le Valais est un nid d’artistes, il y a beaucoup de chanteurs. De nombreux enfants jouent d’un instrument au conservatoire ou chantent dans une chorale. L’apprentissage de la musique est pris très au sérieux.

Samedi 14 mai, à 22h 15, place de la Majorie, Sion, en duo avec Olivier Magarotto (dans le cadre de la Nuit des musées).
A voir également à Tracouet, pour la Fête nationale du 1er août.
A écouter : l’album « Carnet de route » de Sylvie Bourban.

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