« Aujourd’hui, tout se mélange »

jeudi 24 mai 2012, par Emmanuelle Es-Borrat

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Pascal Légitimus ralliera le festival Maxi-Rires de Champéry le 9 juin. Seul sur scène, l’humoriste raconte le métissage.

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Aux dires de certains journalistes et de ses camarades comédiens, son spectacle ne ressemble à rien d’autre. Pascal Légitimus, l’un des trois Inconnus, s’est lancé pour la première fois seul en scène. Arménien par sa maman, Antillais par son papa, l’artiste raconte le métissage. Un sujet personnel que l’humoriste transporte vers l’universalité. A l’autre bout du fil, l’artiste a filé le thème pour Valais-Mag.

A propos d’ « Alone Man Show », vous relevez votre côté Caucase-Cocotier, vous pouvez nous en dire plus ? Avant, je donnais mon point de vue sur la société et les autres. Là, c’est la première fois que je parle de moi dans un spectacle qui se situe d’ailleurs dans la veine de Philippe Caubère ou de François Morel. Je ne pouvais donc pas le partager. Le thème majeur est bien évidemement celui du métissage, un sujet qui n’a jamais été abordé sur scène. Et pour cause. Si j’avais fait ce spectacle-là il y a vingt ans, je ne pense pas que les gens auraient eu les références. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où l’on trouve sur le devant de la scène des Obama, Yannick Noha ou Manu Katché. Aujourd’hui, tout se mélange, le sucré et le salé en cuisine, les vêtements, on voyage beaucoup. J’ai même croisé un mec arménien et asiatique il y a pas longtemps. Bref, aujourd’hui, les gens savent de quoi je parle.

C’est pour cette raison que vous avez décidé de faire ce spectacle ou il correspondait aussi à une envie de vous livrer plus personnellement ? C’est vrai que c’est aussi le spectacle de la maturité. J’avais aussi le temps de le faire, après avoir joué pendant trois ans avec Mathilda May (ndlr : dans « Plus si affinités » dans une mise en scène de Gil Galliot). Fort de cette expérience qui devait se dérouler sur six mois et a duré, j’avais tout un coup un créneau. Je m’y suis donc attelé pendant plusieurs mois, après avoir pris des notes pendant plusieurs années sur ma famille et mes observations. J’ai donc ressorti mes cahiers. Cela a donné « Alone man show », dans lequel je peux montrer qui je suis vraiment. Autant, avant, on connaissait Légitimus. Maintenant, on connaît Pascal.

Plus précisément, à quoi le public peut-il s’attendre en venant vous voir ? Comme le show me ressemble, on y danse, on chante, on y mêle du visuel et du musical. J’y interprète environ vingt-cinq personnage. Les gens rient beaucoup pendant une heure et demie. Ils réfléchissent aussi, il y a un peu de psychanalyse. Par contre, les dernières dix minutes sont sponsorisées par Kleenex. Je rentre alors dans une émotion universelle, en parlant de la famille. Et là, les specateurs viennent me voir avec les yeux rouges. Cela m’a étonné dans la mesure où je ne pensais pas avoir atteint les gens au cœur à ce point-là. Et souvent, on ne me parle que de ça.

Mère arménienne, père antillais : vous êtes le fruit d’un mélange peu ordinaire ? C’est vrai que cela reste atypique. Lorsque je suis né dans les années soixante, j’étais d’ailleurs pratiquement le seul spécimen. C’est d’ailleurs pour cela que ça valait le coup d’en parler, d’autant que cela me permet de faire rire. Les Arméniens, qui sont souvent nombreux dans la salle, en sont d’ailleurs fiers. C’est le seul spectacle où l’on parle d’eux. Les Antillais répondent aussi présents. Mais je parle du métissage dans différents domaines, la religion et la musique notamment. Tout le monde peut s’identifier à cela. Si mon but reste de faire rire, je voulais aussi que les gens repartent avec des traces. Pour ma part, je vois beaucoup de spectacles d’humoristes, je me marre beaucoup aussi, mais une fois dehors, j’ai oublié. Je ne voulais pas que le public vive cela avec moi.

Est-ce que vous diriez que votre spectacle propose un certain engagement ? Pas du tout. Je ne lève pas le poing, je n’ai pas de revendications. Je dis les choses. Le fait que j’existe est déjà un engagement. Je suis moi-même une curiosité. Dans les années 80, avec Smaïn, nous représentions la minorité visible du Petit Théâtre de Bouvard. A l’époque, j’ai reçu des lettres qui disaient : « C’est quoi ce nègre et ce bicot qui salissent notre écran de télévision à 19h45 ? » C’était quand même un peu violent. Aujourd’hui, les choses ont bougé. Comme je le dis dans mon spectacle : « Avant les flics me demandaient mes papiers, aujourd’hui ils me demandent un autographe. »

Qu’avez-vous gardé de vos deux cultures ? J’ai gardé le meilleur des deux. Je suis Antillais sur scène, avec l’énergie qui caractérise cette culture. Et Arménien dans la vie, avec une espèce de zénitude, le sens de la famille et des valeurs.

C’est la première fois que vous vous retrouviez seul sur scène. Vous y avez pris goût ? J’avoue que mes camarades sont courageux car cette une expérience très particulière. Il faut l’assumer. Oui, j’y ai pris goût. Mais je ne remonterai pas sur scène si je n’ai rien à dire. Comme disait Rousseau, le comédien a une fonction sociale. On dit souvent tout haut ce que les gens n’osent pas dire tout bas. C’est cela qui est intéressant.

Les Inconnus bientôt de retour en trio : info ou intox ? Ça va devenir une info. Nous devons normalement signer un film avec Pathé ces prochains mois, qui sera tourné l’année prochaine. La pression est énorme. On veut simplement reculer pour mieux sauter. Pour que les gens ne disent pas que c’était mieux avant. Il faut donc que l’on travaille de manière à fournir quelque chose de respectable.

Champéry, en Valais, vous connaissez ? Pas du tout ! Mais j’aime bien les festivals qui n’ont pas d’envergure trop prétentieuse, où les gens sont simplement là pour se détendre. Et puis j’adore prendre le large. Il n’y a pas que Paris, à un moment donné, il faut partager.

Alone Man Show : le 9 juin à Champéry, puis le 21 septembre au Théâtre du Martolet de Saint-Maurice

www.pascallegitimus.com

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