Bertholet sublime Rosa Luxembourg

vendredi 15 avril 2011, par Marie Parvex

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La Belle Usine a été complètement vidée de ses gradins. Les personnages qui seront sur scène dans quelques instants sont alignés derrière la vitre de la petite maison au fond du plateau. L’« Avenir seulement », mis en scène et écrit par Mathieu Bertholet, raconte Rosa Luxembourg en expérimentant ses idées. Magnifique !

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« L’Avenir seulement », de Mathieu Bertholet.

Mathieu Bertholet explique à son public que son spectacle est chaque soir différent. La troupe décide l’après-midi lesquelles des plus de 400 scènes elle va jouer le soir même. A l’aide d’un boulier, l’une des comédiennes décrit chaque scène et donne les instructions de jeu avant que le spectacle ne commence.

Chaque comédien dispose de son texte sur un petit pupitre à roulette. Il y change de costume ou prépare son intervention suivante à la vue de tous. « C’est un théâtre construit avec les idées de Rosa Luxembourg, pas un récit de sa vie », explique le metteur en scène. Des idées de spontanéité, d’auto-organisation des groupes, d’absence de hiérarchie… Mathieu Bertholet reste donc sur le plateau pendant le spectacle à compter le déroulement des tableaux sur son boulier sans aucune possibilité d’intervenir dans l’action des comédiens.

Le texte y a la même place que les costumes, les mouvements qui se répètent tout au long du spectacle dans une sorte de transe ou l’esthétique très étudiée de l’ensemble… Les mots de Mathieu Bertholet sont parfois un rythme, parfois une superposition de prise de paroles, un dialogue pour deux personnages relayé par dix bouches différentes. Les comédiens marchent le long d’une ligne noire sur laquelle se succèdent trois Rosa et autant d’officiers. Comme Picasso éclate ses peintures, il n’y a plus un rôle par comédien mais de multiples interprétations d’une même figure.

Ce sont des bribes et fragments qui parviennent jusqu’au spectateur : quelques mots simples et lourds de sens, un visage concentré vers un but, un corps tout à son mouvement. Le groupe trouve son harmonie et son rythme petit à petit. Jusqu’à ce qu’un individu tranche dans le vif entraînant à sa suite un puis deux puis douze corps.

Mathieu Bertholet transgresse toutes les règles habituelles du théâtre pour inventer les siennes que le public comprend au fur et à mesure sans même y penser. Un langage propre. En résulte une œuvre totale : esthétisante tout en étant chargée de sens, théâtrale et chorégraphique, travaillée tout en conservant la tension de l’improvisation. Une création dans laquelle la gestuelle contemporaine et une écriture incisive construisent un rythme lancinant et extatique. Comme cette Rosa, le poing levé, qui marche dans la lumière. Magnifique jusqu’au bout.

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Extrait vidéo du spectacle

images | stage in focus 2011 | MnGuex

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