Clandestin

dimanche 6 décembre 2009, par Marie Parvex

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Jean-Michel Potiron dans « Le dernier des dériveurs. » Crédit photo : Valais-mag.ch

Samedi soir, en vieille ville de Sion. Le rendez-vous est fixé dans un immeuble, au dernier étage. Il est 20h et ça bouchonne à l’entrée. Les gens retirent leurs chaussures et paient leur billet. Certains amènent une bouteille de vin, comme pour un anniversaire ou une soirée entre amis.

Ils sont environ vingt-cinq. Et ils se connaissent pour la plupart. Soudain, le silence se tisse entre eux. On leur fait signe de se réunir dans le corridor. Une voix s’élève de derrière une foule de têtes. Ils se hissent sur la point des pieds et le spectacle commence. « Jean Genet parlait d’un théâtre clandestin, où l’on viendrait en secret, la nuit et masqué, un théâtre dans les catacombes seraient encore possible. » Spectacle n’est peut-être pas le bon mot tout compte fait… Parce que Jean-Michel Potiron, comédien français, triture la pensée de Guy Debord pour qui le spectacle c’est peut-être « le paraître qui l’emporte sur l’être, le faux sur le vrai, le factice sur l’authentique… »

Le public se déplace, s’installe par terre. Une intimité inhabituelle se crée entre les êtres présents dans la pièce. Jean-Michel Potiron leur parle. Il est à quelques centimètre seulement. En cercle autour de lui, les invités l’écoutent comme des enfants un conteur. L’exigence du propos les perd, une phrase les retrouve, les met face à une réalité dure. Jusqu’à les faire se lever et hurler par les fenêtre en appelant à la révolution. Ils brandissent des pancartes pour le dépassement de l’art, la réalisation de la philosophie et contre le spectacle.

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Une intimité très particulière se crée entre les gens. Crédit photo : Valais-mag.ch

Malgré l’insolite de la situation, certains codes persistent. Les spectateurs applaudissent tandis que l’acteur résiste à saluer. Il distribue le livret du spectacle. Sur la première page, un formulaire pour inviter le comédien à venir jouer à la maison. « Le dernier des dériveurs » par la compagnie du Théâtre à tout prix est pourtant aussi joué dans des salles, en France ou à La Granges de Dorigny. La mise en scène est l’œuvre de trois professionnels réunis. Mais depuis cinq ans, le comédien propose aussi ses pièces à domicile.

Un théâtre clandestin qui interroge le théâtre lui-même, la culture, leur essence et leur sens. Des performances ou plutôt des actes qui renversent les formes, explosent les frontières. Le public est actif, malgré lui. On ne vit pas cette expérience à l’abri d’un fauteuil en velours rouge mais à même le parquet, à nu. Un théâtre qui sort de ses lieux et échappe à tout contrôle, à toute subventions, à toute censure, à tous les choix des programmateurs. Un théâtre libre ?

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Sur le bureau, les oeuvres de Guy Debord… Crédit photo : Valais-mag.ch

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3 Messages de forum

  • Clandestin 6 décembre 2009 17:59, par Mediteraneo

    Pincez-moi, j’hallucine. Ainsi valais-mag qui a la prétention de tenir un agenda culturel en se basant sur des critères sélectifs d’événements exclusivement professionnels, s’invite clandestinement en soirée privée pour un spectacle entre amis, tout en omettant de l’agender, en parodiant un ersatz de révolution : On ne vit pas cette expérience à l’abri d’un fauteuil en velours rouge mais à même le parquet, à nu. Un théâtre qui sort de ses lieux…

    Laissez-moi rire. Julian Beck du Living Theatre doit se retourner dans sa tombe. Ne confondez pas Théâtre de la Révolution avec tenir un salon ou mondanité, svp.

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    • Clandestin 6 décembre 2009 20:42, par Marie Parvex

      Cher Anonyme,

      Je réponds avec grand plaisir aux messages, d’autant plus lorsqu’il y a matière à débat, mais uniquement avec des gens qui ont le courage de leurs opinions, surtout quand elles sont virulentes.

      En plus si vous signiez vos commentaires, nous pourrions vous inviter au prochain spectacle clandestin, histoire que vous jugiez par vous-mêmes…

      Bien à vous

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    • Clandestin : caché, en marge, sans accord préalable des autorités. Que serait donc la clandestinité liée à l’esprit de l’événement si Valais-Mag ou tout autre média se mettait à l’annoncer à cors et à cris… ? Annonce t-on une rave-party clandestine par voix de presse ? Qui plus est, les organisateurs de cet happening auraient t-ils souhaité un afflux du grand public ? Dans un simple appartement ? Ou était-ce précisément ce qu’il fuyaient ? Un spectateur clandestin…dans un spectacle clandestin…quoi de plus normal, de plus en phase avec la soirée.. ? Valais-Mag nous dit que la culture vit, au quotidien, qu’elle n’est pas forcément balisée, encadrée, agendée, subventionnée. Valais-Mag nous donne des pistes, des idées, pour faire vivre cette culture, en toute simplicité et surtout…en toute liberté. Valais-Mag nous montre que la liberté existe, y compris dans la clandestinité (celà étant dit tout qui est privé n’est pas forcément clandestin).

      Sympa, ce petit témoignage, qui met un projecteur sur la vie quotidienne de la culture, sur les petites communautés vivantes qui se mettent à l’abri des sentiers battus, que Julian Beck aurait tant aimé…

      Amusante, la rogne anonyme d’un ex-cadre du théâtre qui peut-être rage de ne pas avoir été invité, ou de ne pas avoir pu « cadrer » cet événement artistique libéré de toutes contraintes, de toute censure, de toute autorité, de tout arbitraire…mais ne serait-ce pas de gens comme lui que ce type de rassemblement essaie de se protéger ?

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