Samedi soir, en vieille ville de Sion. Le rendez-vous est fixé dans un immeuble, au dernier étage. Il est 20h et ça bouchonne à l’entrée. Les gens retirent leurs chaussures et paient leur billet. Certains amènent une bouteille de vin, comme pour un anniversaire ou une soirée entre amis.
Ils sont environ vingt-cinq. Et ils se connaissent pour la plupart. Soudain, le silence se tisse entre eux. On leur fait signe de se réunir dans le corridor. Une voix s’élève de derrière une foule de têtes. Ils se hissent sur la point des pieds et le spectacle commence. « Jean Genet parlait d’un théâtre clandestin, où l’on viendrait en secret, la nuit et masqué, un théâtre dans les catacombes seraient encore possible. » Spectacle n’est peut-être pas le bon mot tout compte fait… Parce que Jean-Michel Potiron, comédien français, triture la pensée de Guy Debord pour qui le spectacle c’est peut-être « le paraître qui l’emporte sur l’être, le faux sur le vrai, le factice sur l’authentique… »
Le public se déplace, s’installe par terre. Une intimité inhabituelle se crée entre les êtres présents dans la pièce. Jean-Michel Potiron leur parle. Il est à quelques centimètre seulement. En cercle autour de lui, les invités l’écoutent comme des enfants un conteur. L’exigence du propos les perd, une phrase les retrouve, les met face à une réalité dure. Jusqu’à les faire se lever et hurler par les fenêtre en appelant à la révolution. Ils brandissent des pancartes pour le dépassement de l’art, la réalisation de la philosophie et contre le spectacle.
Malgré l’insolite de la situation, certains codes persistent. Les spectateurs applaudissent tandis que l’acteur résiste à saluer. Il distribue le livret du spectacle. Sur la première page, un formulaire pour inviter le comédien à venir jouer à la maison. « Le dernier des dériveurs » par la compagnie du Théâtre à tout prix est pourtant aussi joué dans des salles, en France ou à La Granges de Dorigny. La mise en scène est l’œuvre de trois professionnels réunis. Mais depuis cinq ans, le comédien propose aussi ses pièces à domicile.
Un théâtre clandestin qui interroge le théâtre lui-même, la culture, leur essence et leur sens. Des performances ou plutôt des actes qui renversent les formes, explosent les frontières. Le public est actif, malgré lui. On ne vit pas cette expérience à l’abri d’un fauteuil en velours rouge mais à même le parquet, à nu. Un théâtre qui sort de ses lieux et échappe à tout contrôle, à toute subventions, à toute censure, à tous les choix des programmateurs. Un théâtre libre ?




