Drame de la différence

lundi 17 septembre 2012, par Nicole Mottet

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En ouverture de saison, le Petithéâtre de Sion propose une création de la compagnie sédunoise nouvellement créée Hussard de Minuit. Auteur du texte, Stéphane Albelda, qui signe également la mise en scène, s’est inspiré d’un fait divers paru dans Le Matin du 6 avril 2011.

La cave du Petithéâtre a été vidée de son gradin pour faire place à un étroit plateau traversant, le long duquel le public, en vis-à-vis, est invité à prendre place. Deux écrans latéraux complètent le dispositif. La pièce raconte la douloureuse progression vers la mort de Hannes, le petit montagnard. Simon, le père, est paysan alors que la mère s’occupe du ménage et de « ses deux hommes ». Ils vivent très simplement, à la montagne, ce qui provoque les sarcasmes et les railleries des camarades de classe de Hannes, qui habitent en plaine. Le public accompagne le couple parental dans la souffrance de l’enfant récemment disparu, remontant avec lui le fil d’une vie de silences et de non-dits, de colères enfouies, d’exclusion, de choc des cultures.

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L’odeur de la lessive comme une assurance de l’amour maternel. DR

Un nouvel auteur prometteur

Il est toujours intéressant de découvrir un nouvel auteur. La force du texte de Stéphane Albelda tient pour beaucoup dans sa puissante capacité d’évocation. Le public ne décroche pas une seconde de cette histoire qui s’imprègne progressivement du mal de vivre et de la mélancolie de Hannes, de la cruauté de ses camarades de classe, des sacrifices de la mère aimante mais tellement discrète, du silence rustre du père, des cancans des villageoises. Des phrases simples, qui parlent juste, des descriptions empreintes d’une belle poésie et quelques jolies trouvailles stylistiques. Le rythme est tendu, juste rompu parfois par des ruptures parfaitement maitrisées. Un premier opus de bonne augure.

Des interprètes protéiformes

Pierre-Isaïe Duc et Danièle Chevrolet campent tour à tour tous les personnages de ce récit structuré en plusieurs formes narratives allant du récit au dialogue, en passant par l’évocation et le rêve éveillé. Interprète du père et du fils, mais aussi de la commère médisante ou de l’institutrice, Pierre-Isaïe Duc porte la pièce comme le paysan conduit son tracteur. Sa présence immense aurait pu faire craindre qu’il ne « vampirise » l’ensemble C’est sans compter sur la subtilité du jeu de Danièle Chevrolet, bouleversante dans son amour bafoué, ses frustrations de femme et de mère, sa dévotion impuissante. Le jeu tout en nuance de l’une conjugué à l’aisance déconcertante de l’autre font merveille dans ce chassé-croisé de personnages où les silences en disent souvent plus long que les mots.

Car toute la pièce est construite autour des non-dits du trio familial tandis que vie domestique (le drap blanc) et fascination de la mort (l’infini vu de la falaise) se rejoignent dans la pureté d’un blanc immaculé. Ou quand l’idéal transcende le banal.

La scénographie épurée de José-Manuel Ruiz s’adapte parfaitement à la mise en scène à la fois sobre et inventive de Stéphane Albelda. On peut regretter dès lors une musique est peu convenue là où un univers sonore aurait été plus en adéquation avec le propos. De même les deux écrans disposés de part et d’autre du plateau déconcentrent inutilement le spectateur et ne sont pas d’un grand intérêt dramaturgique. Plutôt que de jouer la carte de la pluridisciplinarité, la Compagnie aurait gagné à se concentrer sur le texte et le jeu, suffisament forts pour servir et porter ce drame de la différence.

Après les derniers mots, le public reste longtemps silencieux face au plateau rougeoyant, avec un étrange sentiment de culpabilité. Comme s’il avait pu, aurait dû, faire quelque-chose pour empêcher le drame. Avec son projet, Stéphane Albelda donne une deuxième vie à l’enfant trop tôt disparu. Et cela mérite bien les applaudissements des spectateurs.

Hannes, dialogues pour l’enfant volé. Jusqu’au 23 septembre 
au Petithéâtre de Sion, 
le jeudi à 19h00,
le vendredi à 20h30, le 
samedi à 19h00,
le dimanche à 17h00. www.petitheatre.ch

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