Koltès et la musique électronique : un mariage de déraison ?

jeudi 20 septembre 2012, par Sylvain De Marco

Enregistrer au format PDF

Après sa création au Théâtre Les Halles, à Sierre, la Compagnie du Crochet à Nuages joue son double spectacle à Malévoz jusqu’au 22 septembre.

Pari osé que de proposer en ouverture de saison un saut dans l’inconnu combiné à un autre dans l’inconfortable. Le Théâtre Les Halles de Sierre accueillait du 13 au 16 septembre deux créations enchaînées de la Compagnie Crochet à Nuages (en résidence au TLH), mises en scène par Armand Deladoëy : La femme au balcon, du jeune auteur valaisan Bastien Fournier, et le déjà classique Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès.

JPEG - 319.6 ko
La femme au balcon. photo Magali Koenig

Dans la première pièce, qui revisite le mythe de Médée au cœur d’une intervention façon GIGN rappelant une triste actualité récente, les comédiennes Jocelyne Page et Olivia Seigne s’affrontent dans une forêt d’ampoules, l’une incarnant la femme qui a lâché son enfant du balcon du cinquième étage (avant ou après avoir été atteinte d’une balle par l’un des tireurs du service d’intervention), l’autre campant l’inspectrice qui l’a arrêtée – mère elle-aussi- et qui tente de comprendre, voire d’accepter. Si les comédiennes s’avèrent irréprochables, les spectateurs ne comprendront certains choix de mise en scène qu’après avoir assisté à la deuxième pièce. C’est peut-être là le défaut majeur de la soirée : Armand Deladoëy semble s’être évertué à habiller ses propositions, par la forme, d’une cohérence que le choix des textes ne suffisait sans doute pas à lui conférer, quitte à réduire la clarté (au propre comme au figuré) des deux représentations. Pire, les contingences tendent à y devenir autant de distractions éloignant les spectateurs du texte. Ainsi est-on distrait, dans La femme au balcon, par les gesticulations sur le sol de la mère infanticide, tandis que l’inspectrice expose les événements passés qui la hantent. Le jeu des ampoules – en si parfaite adéquation avec l’une des mises en abîmes de l’auteur, qui compare ses personnages aux insectes de nuit attirés par les lampadaires – affecte si bien les rétines que celles-ci peinent ensuite à saisir les traits des comédiennes. On regrette le bruit des pas sur le plancher, qui gomme trop souvent les répliques, et l’on sort de cette première pièce riche de l’envie de redécouvrir une langue, que l’on croit volontiers digne d’intérêt, par la lecture.

JPEG - 322.5 ko
Dans la solitude des champs de coton. photo Renaud Berger

Après l’entracte, la déception sera du même ordre, mais plus imposante. Cette fois, on ne devine plus la fulgurance du texte : on la connaît, on l’attend, on l’espère. Mais l’éclairage donne le ton avant même la première réplique : les musiciens (armés d’outils électroniques) Gabriel Scotti et Vincent Hänni sont délibérément visibles, et l’on comprend rapidement que la musique n’accompagnera pas le texte, mais lui disputera la vedette. Ce sera un combat de plus à mener pour le comédien Gustavo Frigerio, incarnant le dealer, à l’évidence moins à l’aise avec la langue de Koltès que son camarade de jeu Marc Mayoraz. Un combat également pour les oreilles et l’attention du spectateur, pas réellement mis en garde. Dès lors, une deuxième vision, une deuxième audition, pourraient s’avérer salutaires.

Jeudi 20, vendredi 21 et samedi 22 septembre à 19h30 à Malévoz (10 route de Morgins, 1870 Monthey). Renseignements sur www.crochetan.ch

Répondre à cet article