L’artifice émotionnel

samedi 14 mai 2011, par Marie Parvex

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« Mathilde » par la Cie Interface. DR

Noir. La lumière très très lentement éclaire la scène d’un faisceau oblique. Le bras se lève pour la troisième fois avant de retomber. Et de recommencer. C’est ainsi que commence « Mathilde », la nouvelle création de la compagnie Interface qui voit Stéphanie Boll évoluer en solo. Ça ressemble furieusement à la scène d’ouverture de « la Légende dorée », leur spectacle précédent. Fidèle à elle-même, la compagnie procure toujours le même type d’atmosphère avec les mêmes procédés.

La musique est employée comme L’Artifice qui permet de faire monter la tension, l’intensité mais c’est avant tout par son volume excessif et une quantité d’infrabasses qu’elle procure au spectateur quelques émotions fortes. Une fois le paroxysme atteint, le soufflé retombe et laisse place au silence. Invariablement. Ces ascensions et chutes mille fois répétées posent un problème majeur de rythme à la création.

La chorégraphie oscille entre une sorte d’expressionisme outrancier et un maniérisme néo-classique. On est trash en se touchant l’entre-jambe mais on tend les pointes s’il vous plaît. Elle est surtout d’un autre temps, de celui où l’on ne savait pas chuter sans bruit, ou l’on ne savait pas tourner en lâchant sa tête, où l’énergie brute n’était pas celle qui sculptait la forme… En fait, il y a extrêmement peu de danse véritable dans Mathilde. Ce sont surtout des positions qui s’enchaînent, comme des images, pendant que Stéphanie Boll dit le texte écrit par Frédéric Recrosio. Il manque l’énergie fougueuse, organique et vraie d’un corps qui se lâche. « Je vais exploser » dit le texte mais à aucun moment cette énergie-là ne se manifeste dans le corps.

La partie théâtrale du spectacle est importante. Elle est longue et c’est elle qui porte la création, au sens qu’elle explique l’émotion. Malheureusement, Stéphanie Boll n’est pas comédienne. Affublée d’un micro, elle s’entête à hurler son texte par-dessus la musique écrasante d’André Pignat. Comme d’autre l’ont fait avant elle, dans d’autres créations.

L’art de la répétition fait miracle et est toujours utilisé chez Interface. Un mouvement est répété plusieurs fois, comme les mélodies s’insinuent dans votre tête à force de toujours recommencer. Une phrase chorégraphique peut aussi être recitée in-extenso à la fin du spectacle pour dire au public que l’on touche au but. Ce procédé induit un sentiment de confort pour le spectateur qui a l’impression d’avoir compris, d’être familier avec ce qu’on lui montre. Le texte permet aussi d’expliquer ce que Mathilde pense. Il n’est pas utilisé comme un élément complémentaire mais dit la même chose que la musique et la danse.

Une heure plus tard, la lumière diminue lentement pendant que la musique murmure encore au loin son thème lancinant. Nous avons eu quelques frissons causés par les infrabasses et par quelques images, nous avons vu une Stéphanie Boll exaltée tout du long face à la vie ou à la mort on ne sait pas bien… Reste une sensation de vide, d’extrême pauvreté du propos et de la forme noyée sous une émotion outrancière. Triste.

Critique à regarder sur Canal 9.

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