« La musique est plus forte que la danse »

jeudi 8 septembre 2011, par Marie Parvex

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Rafaële Giovanola est de retour aux Halles avec une création où l’inceste sert de propos à une recherche d’équilibre entre danse et son. La chorégraphe montheysanne établie à Bonn propose de multiples cours, performances, conférences en septembre autour de sa création.

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« I’ve seen it all » en création aux Halles de Sierre du 16 au 25 septembre. Klaus Fröhlich.

« Parfois il n’y a aucune raison de danser, la musique est plus forte que la danse. » Rafaële Giovanola ne pleure pas devant une chorégraphie. Par contre au cinéma, quand la musique envahit la salle, elle se surprend à avoir les larmes aux yeux. Ce n’est pas de la sensiblerie. La chorégraphe de Cocoon Dance a la voix assurée, le discours clair et la tête sur les épaules. C’est plutôt l’immédiateté du son qui s’infiltre en elle et la fait chavirer. « Le son s’insinue sous la peau », décrit-elle. « Je n’ai pas d’autre explication. La danse n’a pas ce pouvoir, c’est pourquoi souvent il faut travailler musique et danse séparément. Pour que le mouvement trouve sa raison d’être propre. »

La forme d’une pièce radiophonique…

C’est un peu pour cet amour du son que sa prochaine création aux Halles de Sierre, « I’ve seen it all », donnera la priorité à l’ouïe. Le compositeur, Jörg Ritzenhoff, sera sur scène avec les six danseurs qui interprèteront cette création inspirée de la forme des pièces radiophoniques. « A la radio, les gens passent de l’attente derrière leur micro à la narration. Il n’y a pas de transition entre le paroxysme de la voix qui raconte et sa disparition. C’est ce que je cherche dans le corps de mes danseurs. » Le son est produit en live. Les textes, écrits par Bastien Fournier, en constituent l’univers sonore. « Pour donner de la place au son, beaucoup de moments de la pièce se déroulent dans le noir. Dès qu’il y a une image, les spectateurs n’entendent plus rien », sourit la montheysanne établie à Bonn.

Et la marque de David Lynch

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Comme dans « Twin Peaks » de David Lynch, Raphaële Giovanola choisit de parler d’inceste. Une réalité qui touche près d’un enfant sur deux. Klaus Fröhlich

De cette forme choisie a priori est né le thème. Ce sera l’inceste comme dans « Twin Peaks » de David Lynch, un monstre du cinéma qui imprime une marque claire dans la recherche de Rafaële Giovanola. « Le mode de narration et l’importance donnée à la forme cinématographique permettent de prendre de la distance avec le propos. » Ce qu’elle fait à sa manière avec ses créations qui traitent souvent de sujets assez durs comme les serials killers. « Le bonheur n’intéresse pas alors que les tueurs en série, qui ne représentent qu’un 1% de la criminalité, fascinent. En Allemagne, 42% des enfants sont maltraités sexuellement dans leur famille. Je ne connais pas les statistiques en Valais mais elles sont sans doute assez semblables. »

Une compagnie junior en Allemagne

En vacances en Valais, Rafaële Giovanola est pourtant encore complètement prise par sa création. Elle cherche les dernières solutions de ce spectacle et planche déjà sur une nouvelle oeuvre. « Nous menons toujours au moins quatre projets en même temps. En Allemagne nous sommes une véritable institution. Notre prochaine tournée se déroulera à Sao Paulo. Et il nous faut aussi poursuivre le travail avec la compagnie junior que nous venons de créer. » La chorégraphe se refuse à débaucher de jeunes talents dans les écoles de danse, « trop de filles à papa en tutu rose ». Elle les repère plutôt au cours des ateliers qu’elle donne dans les écoles. « Il y a des talents incroyables », des joyaux bruts non ciselés par les consignes d’un professeur. Ceux qui ont la chance de lui plaire pourront danser gratuitement avec elle pendant trois ans.

Evénements en cascade

Ce travail, elle l’offre aussi en Valais en allant dans les classes initier les jeunes à la chorégraphie et en donnant des cours aux professionnels de la scène en collaboration avec le metteur en scène Armand Deladoey. Lors de son passage à Sierre, la compagnie animera aussi les rues de la cité avec des extraits du spectacle le 10 septembre, Place de l’Hôtel de ville entre 11h et 13h. Une manière de montrer la danse contemporaine aux passants, d’abolir les barrières qui empêchent les gens d’aller au théâtre. « La danse n’est pas pour une élite, elle s’inspire des gens. » Si généralement les passants s’arrêtent sur le pavé, ils sont rares à franchir la porte des théâtres ensuite. La faute peut-être au prix élevé des billets en Valais ? « L’an passé, nous avions offert des billets aux enfants à qui nous avions donné une initiation à la danse. Ils ne sont pas venus pour autant. Les gens ont des choses plus importantes à faire… Mais c’est comme cela partout. » Rafaële Giovanola répond cette année à l’invitation de Philippe de Marchis, l’ancien directeur des Halles aujourd’hui remplacé par Alexandre Doublet et Denis Maillefer dont la programmation commencera en janvier. L’an prochain la chorégraphe d’origine montheysanne créera sans doute sur sa terre puisqu’elle est déjà en pourparlers avec le Théâtre du Crochetan.

Plus d’infos : www.leshalles-sierre.ch et www.cocoondance.de

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