Critique

Le théâtre expliqué par « Les spectacteurs »

lundi 22 novembre 2010, par Cécile Gavlak

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La pièce « Les spectacteurs », créée en 2008 au théâtre de Carouge, se joue ce mercredi 24 novembre au théâtre du Crochetan à Monthey, puis vendredi 25 et samedi 26 novembre, au théâtre de l’Alambic à Martigny. Pour le plaisir de rire et de s’instruire sur l’art dramatique.

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« Les spectacteurs ». DR

La bande d’acteurs qui décortique l’art théâtral débarque cette semaine dans les montagnes valaisannes après une tournée qui a mené Philippe Morand, directeur du théâtre de l’Alambic de Martigny, hors de ses murs. Ce metteur en scène a réuni les acteurs Mauro Belluci, Doris Ittig, Thierry Jorand, Cédric Dorier et Selvi Purro, qui guident les spectateurs dans des mises en abyme successives. Philippe Morand apparaît aussi sur le plateau.

Le public de cette pièce est familial, à l’image de la bande-son, au début de la représentation, qui fait entendre des citations de spectateurs fictifs. Des phrases enregistrées comme « C’est quoi la pièce qu’on va voir ? » ou « On est obligé d’aller au théâtre ? » se mêlent au vrai brouhaha de la salle et résonnent comme les questionnements intérieurs des spectateurs de la réalité, jeunes et adultes. Puis, le spectacle continue à tendre un miroir humoristique au public. Les artistes provoquent des éclats de rire dans la salle, sans tomber dans les clichés.

L’imaginaire comme credo

Dès les premières minutes, on est prévenu : « Vous n’entendrez rien ce soir que vous n’ayez déjà entendu. » Pas de reportage, ni de semblant de réalité, tout ne sera qu’illusion, l’essence même du théâtre.

De scène en scène, les six comédiens embarquent le public dans les couloirs de l’art théâtral. Le texte, signé de plusieurs auteurs, passe d’une époque à l’autre. Les connaisseurs du genre identifieront, au détour d’une réplique, l’œuvre d’Anton Tchekhov ou le champ lexical de Bernard-Marie Koltès. Le novice ne sera pas délaissé en apprenant par exemple d’où vient la tradition de dire « merde » pour se porter chance avant d’entrer en scène.

C’est une véritable vue sur les coulisses. Les doutes de l’acteur, l’ennui des spectateurs, l’égocentrisme du metteur en scène, l’humiliation d’un technicien, la réapparition du souffleur : « Les spectacteurs » passent en revue toutes les personnes qui participent à la création. Toutes, même le spectateur. Dans cet éventail, la possibilité que la salle communique avec la scène se ressent, mais la frontière est à peine franchie, ce qui la rend encore plus forte.

Avec « Les spectacteurs », le sentiment collectif est palpable. Le public devient créateur à part entière. Il n’est pas, comme au cinéma, seul dans son fauteuil rouge. « Le cinéma, c’est du théâtre en conserve » lance l’une des comédiennes dans le spectacle. « Et manger uniquement des boîtes de conserve, c’est mauvais pour la santé. »

« Les spectacteurs », au théâtre du Crochetan, puis au théâtre de l’Alalmbic.
Plus d’infos :www.crochetan.ch et www.theatre-alambic.ch

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