Le trio du drame incestueux

lundi 6 février 2012, par Marie Parvex

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« I’ve seen it all » de Rafaële Giovanola parle d’inceste. En donnant à voir les fragments complexes d’une relation triangulaire père-fille-mère.

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La Cie Cocoon Dance dans « I’ve seen it all ». Klaus Fröhlich.

L’homme attire énergiquement la femme vers lui. Les corps se collent l’un contre l’autre et s’étreignent quand un troisième vient s’immiscer entre eux. Celui de leur fille. Le trio se sépare à de multiples reprises, oscille entre deux duos instables et impossibles. La danse est énergique et rythmée. Pas un instant de pathos. La technique et la forme tiennent le propos mieux que n’importe quelle interprétation sentimentale. « I’ve seen it all » de Rafaële Giovanola parle d’inceste. En donnant à voir les fragments complexes d’une relation triangulaire père-fille-mère.

Chaque figure du drame incestueux compte deux interprètes. Ces rôles aux multiples visages révèlent la complexité des liens d’une famille au-delà du manichéisme bourreau-victime. Le père est prédateur, tout en étant désolé. « Sorry, sorry » répète en boucle la création sonore de Jörg Ritzenhoff. Juché sur une structure à roulette, le musicien se déplace sur le plateau au gré des scènes auxquelles il donne vie par le son. Couché en position fœtale, le père est relevé par son propre enfant. La mère s’interpose entre le père et la fille : jalouse ou protectrice ? Quelques scènes plus tard, elle jette la fille dans les bras du père. La lumière est rare et signifiante. Elle suggère parfois la sphère intime des personnages et éclaire un kaléidoscope de scènes qui se succèdent selon un scénario presque cinématographique.

Le son tisse le fil rouge d’une narration hyper structurée qui parvient à donner un sens construit aux mouvements souvent abstraits des corps. Découvrir les possibilités narratives de la danse contemporaine, c’est un chemin que la chorégraphe d’origine valaisanne explore de diverses manières au fil de ses créations avec la complicité de son mari dramaturge et scénographe. Ici, c’est la forme sonore d’une pièce radiophonique qui modèle et guide la chorégraphie.

Si la construction est précise et la narration parfaitement lisible, quelques difficultés de rythme alourdissent un peu le déroulement du propos. Un bémol qui pourrait disparaître au fil des représentations puisque la chorégraphe a pour habitude de moduler son spectacle jusqu’à la dernière.

Cet article est une archive parue la première fois en septembre 2011.

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