Les mots, chez Trintignant

mercredi 5 décembre 2012, par Emmanuelle Es-Borrat

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Cela s’est passé hier soir au Théâtre du Crochetan de Monthey.

Hier soir, je suis allée chez Trintignant. Je dis « Je », pour une fois, car c’est bien vrai. Je suis allée chez Trintignant. Invitée personnellement comme chacun des spectateurs de la salle comble du théâtre du Crochetan. D’abord installés tous ensemble face à la scène, comme il est d’usage, lui devant, comme il est d’usage. Et puis dans son salon, sa voix nous ayant d’emblée pris par la main et un bout de l’âme.

Les rangées de sièges ont fondu, l’espace a fondu, le silence est devenu puissant comme il sait l’être dans les moments sacrés : nous étions tous chez Trintignant. Tous et chacun face à lui, assis, qui nous a fait la conversation. Tous et un à la fois, comme dans un dialogue.

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Simplement, presque comme on parle de la pluie et du beau temps, Jean-Louis nous a raconté des histoires. Des petites choses d’abord. Celles qu’on acquiesce dans un sourire. Les mots n’étaient pas de lui. Prévert, Vian et Desnos lui tenaient compagnie. Mais il savait comment les dire. Simplement, encore une fois. Pour que chacun d’entre eux se présente dans l’entier de son ampleur. A ses côtés, un accordéon et un violoncelle ont fait des pauses, nous permettant de prendre une pause. D’accueillir, de digérer les mots jamais loin l’un de l’autre. En embuscade, mais toujours dits au juste moment. Chez Trintignant, nous avons aussi voyagé. Oh ! Sans quitter la pièce, les mots sont de vrais passe-muraille ! Nous avons donc voyagé dans les prisons, les camps de concentration, les chagrins d’amour. Sur un terrain miné. Nous avons rencontré des soldats prêts à sauter, le déserteur, des gens en guerre – « quelle connerie ! ». Des autres malheureux. Barbara était là aussi. Chez Trintignant, nous avons ri avec les zoizeaux, les fourmis, un éléphant qui n’a qu’une patte. Puis nous sommes partis. Le temps a passé et nous avons dû prendre congé. Il a fallu terminer la conversation, dire au-revoir aux poètes libertaires.

Hier soir, je suis allée chez Trintignant et ce qui est bien lorsqu’on sort de chez lui, c’est qu’on emporte les mots avec soi. A la maison, on les caresse encore comme de précieux trésors à portée de livres mais si rarement dits. Si rarement racontés comme dans le salon de Trintignant.

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