« Pourquoi une écriture vous touche ? »

mercredi 16 mai 2012, par Marie Parvex

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Armand Deladoëy a décroché une résidence de trois ans aux Halles de Sierre. Financée par ThéâtrePro VS, elle se présente comme un fourmillement de projets et de rencontres. Jonglant avec les dates et les textes, le metteur en scène raconte sa vision du théâtre comme outil de connaissance.

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Aramd Deladoëy : « Le théâtre pour moi un art, au sens large du terme, qui sert à se connaître et à connaître les mécanismes de la société. » DR

Pour la première fois, le canton du Valais met sur pied des résidences de longue durée pour des compagnies. Pendant trois ans, L’ensemble-théâtre « Le crochet à nuages », travaillera aux Halles avec 70’000 francs par année versés par ThéâtrePro VS, tandis que la Compagnie Opale résidera au Crochetan. Une occasion unique de faire des projets à long terme, ce dont Armand Deladoëy, metteur en scène du « Crochet à nuages », ne s’est pas privé.

Spectacle avec des amateurs, mise en scène pour des classes, formation continue pour des professionnels, créations, lectures, conférences… Jusqu’en 2013, fin de sa résidence, le programme est copieux. Rencontre avec un homme de théâtre qui déborde d’idées.

Votre résidence s’annonce intense. Comment allez-vous gérer cette masse de projets ?

En prenant les choses les unes après les autres. Mais ce n’est pas tant que cela si l’on considère que nous avons trois ans devant nous.

Quel intérêt présente cette résidence pour vous ?

D’abord, cela nous permet d’avoir un lieu où travailler. Ensuite, c’est l’occasion de former un groupe et de mener une recherche sur le jeu, sur les textes et sur la société. Nous allons pouvoir faire du théâtre ensemble avec une certaine ligne sur la durée. (n.d.l.r Le metteur en scène travaillera avec quatre comédiens qui ont joué dans sa dernière création, « Le Silence » et quatre comédiens qu’il ne connaît pas cette année. Ensuite le groupe devrait s’agrandir.) Sans illusion, j’espère aussi pouvoir intéresser un peu le public au théâtre contemporain, aux textes, aux auteurs. Ces trois ans pourraient permettre de tisser des liens avec les spectateurs.

Comment allez-vous utiliser les 70’000 francs qui vous seront alloués chaque année ?

Ils serviront à faire travailler les comédiens un mois par année. Ce n’est pas possible de faire plus avec un tel budget. Mais nous allons aussi chercher des fonds complémentaires pour financer des lectures, des conférences, nos créations, etc.

Qu’est-ce que vous allez amener au Valais à travers cette résidence ?

J’aimerais que toujours plus de gens s’intéressent à ce qu’ils sont, ce qu’ils vivent, où ils vivent et comment ils y vivent. Le théâtre peut amener à une conscience de ce qu’on est, à identifier un moment de vie. C’est pour moi un art, au sens large du terme, qui sert à se connaître et à connaître les mécanismes de la société.

Vous allez aussi travailler dans les locaux de l’Hôpital de Malévoz. Pourquoi ?

Le cœur de la résidence est à Sierre mais je souhaitais que le travail puisse rayonner sur l’ensemble du canton. Nous monterons un travail autour de Koltès à Monthey puis nous allons essayer de le jouer dans toutes les médiathèques du canton.

Vous avez un projet dans les collèges. Pourquoi souhaitez-vous travailler avec des jeunes ?

Pour leur faire découvrir le théâtre avec des comédiens qui seront tout près d’eux puisque nous jouerons dans les classes. Nous allons monter « Un pour la route » de Harold Pinter qui traite de la torture. C’est un thème important pour moi, entre autre pour démontrer que la torture n’est pas seulement physique mais qu’elle peut aussi passer par le langage. Cela existe dans tous les rapports sociaux y compris dans une relation de couple. Cela me paraît important de sensibiliser les jeunes à cette question.

Vous allez travailler des textes de Gorki et Tchekov avec des amateurs, du Koltès pour votre projet itinérant, Harold Pinter pour les écoles. Vos créations avec des professionnels seront « Dans la solitude des champs de coton » de Koltès et « Les Estivants » de Gorki. Existe-t-il une cohérence d’ensemble dans ces choix ?

Je ne sais pas, c’est mystérieux. Qu’est-ce qui fait qu’une écriture vous touche ? Parce qu’elle rend compte de ce que nous sommes, nous ouvre à la connaissance. Après coup, je peux dire qu’il y a une cohérence liée à ma vie personnelle. Les textes touchent souvent à la communication.

Vous allez mettre en scène un texte de Bastien Fournier, « Une femme sur un balcon » et vous allez utilisez une adaptation de Mathieu Bertholet pour « Les Estivants ». Pourquoi ces deux auteurs vous intéressent-ils ?

Ils sont chacun dans des positions extrêmes. Bertholet dans une écriture scénique contemporaine très pointue avec une intelligence du monde dans lequel on vit et Fournier dans une écriture de la parole beaucoup plus classique. C’est un hasard qu’ils soient tous les deux Valaisans.

Les dates phares du Crochet à nuage

Spectacle

Répétition publique, travail de recherche sur Sénèque, 29 juillet 2011 aux Halles de Sierre, réservation obligatoire auprès du théâtre

« Un samedi pour Koltès », création à Malévoz puis tournée dans les médiathèques, avril-juin 2012 : lectures, débat, conférence

« Dans la solitude d’un champ de coton », Koltès, septembre 2012 aux Halles de Sierre

« Les Estivants », Maxime Gorki, septembre 2013 aux Halles de Sierre

Travail amateur

Représentation de l’atelier amateur, 21 mai 2011 à 16h aux Halles de Sierre, réservation obligatoire

Représentation de l’atelier amateur, Gorki et Tchekov, mai 2012, Les Halles

Stages :

1. Travail corps et texte (Sénèque) pour professionnels du 26 au 30 avril.

2. Technique de l’espace selon Forsythe et spatialité du texte (Sénèque), en collaboration avec Rafaële Giovanola, pour professionnels, du 19 au 23 septembre. Inscription : Armand.deladoey@bluewin.ch

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