Qui de la littérature ou du réel ?

dimanche 28 octobre 2012, par Emmanuelle Es-Borrat

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Dans la maison, le dernier film de François Ozon, joue sur les mots et la fiction au gré d’un suspense étonnant. A ne pas manquer.

Un lycée français, des collégiens en uniforme et, dans le troupeau qui se réclame égalitaire, Claude Garcia, 16 ans, au dernier rang. Ce fort en maths se pique au jeu de la rédaction et entraîne dans son élan son prof de littérature. Germain – Fabrice Lucchini qui pour une fois n’en fait pas des tonnes – retrouve goût à son métier par le biais de cet élève différent pour lequel il imagine un futur d’écrivain. Jusque là, rien de bien spécial. Sauf que le jeune Claude puise l’inspiration dans la famille de l’un de ses camarades de classe. Sa maison, ses parents deviennent nécessaires à son écriture. C’est leur vie qu’il raconte en épisodes réguliers qu’il livre à Germain. Jusqu’à changer le cours de leur histoire à tous.

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Le voyeurisme à l’épreuve des mots. DR

Construit sur le procédé du thriller, le film d’Ozon embarque le spectateur dans une histoire dont il peine bientôt à délimiter la réalité de la fiction. La vraie vie dans la maison, puis celle qui est racontée sur les pages blanches de l’étudiant, s’entremêlent avec subtilité, nous conduisant insensiblement jusqu’au doute : où s’arrête la vérité ? Où commence l’imaginaire ? Qui parle, Claude le camarade de classe apprenti écrivain, ou Claude le personnage ? Outre le simple plaisir de se laisser égarer dans ces interrogations, ce méli-mélo de narrateurs pose la question essentielle du sens de l’écriture, et de l’œuvre d’art de manière générale. Est-ce que les mots disent, est-ce que les mots maudissent le réel ? Qu’est-ce qui préexiste vraiment à toute interprétation artistique ? Est-ce que, comme le disait Hemingway, « la seule écriture valable, c’est celle qu’on invente… C’est ça qui rend les choses réelles » ? Avec, en guise de contrepoint à la réflexion dans le film, la galerie d’art contemporain que tient la femme de Germain, interprétée par Kristin Scott Thomas.

Outre sa trame passionnante, Dans la maison est fort bien servi en acteurs. Le jeune Claude (Ernst Umhauer) est inquiétant juste ce qu’il faut. Fabrice Lucchini interprète admirablement bien ce prof de lettres jouant avec une distance dont il perd progressivement la maîtrise. Un film qui donne à penser sans exclure le rêve, ni le frisson.

A voir jusqu’à mardi à Monthey, puis à Sion.

Fiche technique

Dans la maison Genre : Thriller. De : François Ozon. Avec : Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner. Durée : 1h45

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