Un fantôme sème la pagaille au casino

mercredi 16 mai 2012, par Gilles d’Andrès

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L’action de la nouvelle comédie d’Alexis Giroud se déroule pendant l’âge d’or du Casino de Saxon, entre 1860 et 1870. Intrigue originale, personnages drôles, la pièce ne sort pourtant pas assez de ses jeux de mots pour entretenir le rire du spectateur. Supplémentaires en décembre prochain au Casino de Saxon.

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Pascal Chevrier, de la Troupe du Casino de Saxon, joue le rôle du directeur du casino, victime de la colère du fantôme.

On retrouve dans les jardins du casino le corps d’un homme se balançant entre les branches d’un séquoïa. L’intrigue de la pièce d’Alexis Giroud « Le Fantôme du Casino » rappelle bien sûr, et tout en finesse, ces tragiques histoires liées au Casino de Saxon, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Du temps où l’on retrouvait ça et là les corps de paysans pendus aux arbres, une fois leur maigre butin gaspillé en une nuit au black jack ou à la roulette aux côtés de visiteurs de renom comme Garibaldi ou Dostoïevski. C’est d’ailleurs l’écrivain russe qui est présenté avec humour dans la pièce comme le véritable auteur du « Fantôme du Casino ». Avec ces références qui tombent dès le lever de rideau, ces notes au clavecin et ce décor à la fois amusant et soigné pour présenter la salle de jeux de l’époque (vieux pendule, bibliothèque poussiéreuse, mobilier ancien et table de black jack d’un autre âge), le spectateur est tout de suite mis dans l’ambiance. Et peut-être même avant tout cela, car pour se caler sur son siège, il a dû traverser le jardin et passer la porte battante du Casino de Saxon, où se déroulait le spectacle jusqu’au dimanche 1er avril dernier.

Un ressort surexploité

La pièce démarre avec Régis, un jeune paysan du coin, qui sera très vite confronté à toute une gamme de personnages intéressants, les habitués de la maison de jeux. Régis se rend compte à ses dépens que le but avec le casino, c’est d’avoir de l’argent non seulement en sortant, mais aussi et surtout pour pouvoir y entrer. Quand il ruse et passe enfin le seuil, il remporte au « black jââcques » (comme le répète sans cesse le croupier schyzophrène) un premier pactole qui lui permettra de revenir et de miser de plus en plus haut. À mesure qu’il gagne, l’inquiétude du directeur de l’établissement va grandissant, jusqu’au moment où il pète les plombs et menace Régis de mort. On le devine : il y a là matière à de belles situations cocasses et à un riche comique de personnages. Vladimir Popov, l’oligarque russe interprété par le metteur en scène Fabrice Bruchez, est un amoureux des synonymes et sera le prétexte à la déferlante de jeux de mots jusqu’à l’entracte. Il faut dire aussi qu’en face du franc parler de Roduit, grosse caricature du Valaisan de la vallée que l’auteur a importée de son dernier spectacle « Bienvenue chez les Valaisans », le langage de Popov et des autres aristos sur scène fait joliment contraste. Les joutes verbales entre les personnages constituent bien sûr le principal vecteur de la pièce, à grands renforts de pirouettes de vocabulaire, fidèles à l’œuvre d’Alexis Giroud. Pourtant, ce ressort surexploité devient presque lassant au fil des minutes, en témoigne l’essoufflement des rires dans la salle. On souhaiterait plus de rebondissements et un peu moins de jeux de mots, qui s’entassent les uns sur les autres et qui à la longue commencent à saoûler le spectateur au lieu de l’ennivrer.

Second souffle bienvenu

C’est donc bien volontiers que l’on accueille les petits tours de magie sollicitant la participation du public et surtout le tournant opéré depuis l’entracte : à la découverte du corps de Régis pendu à un séquoïa et à l’entrée en scène du « fantôme », la pièce passe d’une comédie à une comédie musicale, avec une gestuelle plus dynamique. Certaines chansons assez drôles donnent un nouveau souffle au comique. Au final, une pièce originale, divertissante mais qui manque de panache pour égaler les derniers gros succès d’Alexis Giroud.

Compte tenu du grand nombre d’entrées distribuées, le Casino de Saxon envisage de repasser la pièce du 12 au 22 décembre prochain.

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