Critique

Un hymne à cette chienne de vie

vendredi 5 novembre 2010, par Cécile Gavlak

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« Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis » se joue jusqu’à dimanche au Théâtre de l’Alambic, à Martigny. Montée par le Théâtre National de Belgique, cette fable philosophique dénonce crûment et avec humour les injustices d’une société mal partagée entre riches et pauvres.

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« Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis » DR

« Dialogue d’un chien… » débute par la rencontre entre un humain, Roger, et un chien, Prince. Roger vit dans une caravane au bord de l’autoroute, sur laquelle un chien errant loufoque se plaît à provoquer des carambolages. La caravane est la solution de Roger pour vivre loin des hommes. La pièce est un échange de répliques cinglantes entre un homme, dégouté de son espèce (Philippe Jeusette) et un chien aux allures de clown (Fabrice Schillaci).

Les répliques fusent. La diction est vive. Le personnage de Roger travaille comme portier dans un hôtel de luxe, il assiste quotidiennement à la vulgarité et la bassesse humaine qui se répandent sur le trottoir. Tout y passe : le monde des affaires qui s’apparente au vol, la politique synonyme de corruption ou encore le patronat sans scrupule. Le jeu de Philippe Jeusette est juste. Son personnage désabusé, déçu et cynique devient peu à peu attachant. Il vit en solitaire par déception : « Seul, la vie a des lignes et des angles. C’est un carré dans lequel on s’enferme ». Mais Roger est un « type bien » dira le chien. Car cette pièce est aussi l’histoire d’une amitié. Virulent, le texte est signé de l’auteur belge Jean-Marie Piemme.

Le chien est vêtu d’un costume deux pièces, il porte des grandes chaussures de clown, une cravate et un plastron de chemise en poils. De longues oreilles de chien sortent de son chapeau melon et se dressent au gré de ses humeurs. De dos, une queue sort de son pantalon. Ce drôle d’animal se tient debout et ressemble à Charlie Chaplin ou Buster Keaton.

Un duo attachant

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« Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis » DR

Dans une mise en scène épurée (de Philippe Sireuil) et par un jeu vif, le couple de personnages est touchant. Les deux comédiens dépeignent la naissance d’une amitié sincère sur fond de société assassine. « Tu es venu réchauffer la vie, alors que la vie est glaciale » dit Roger à son « chien méchant » sans vouloir croire à la possibilité d’un lien. A voir ces deux compagnons, le spectateur n’aura plus qu’à se demander qui, des deux personnages, est l’homme ou le chien. « Quand est-ce que ces mecs cesseront d’être des bêtes » se demande le personnage du chien après avoir raconté l’histoire « d’un homme qui tape sur sa femme parce qu’il s’emmerde le dimanche après-midi ».

Critique en direct sur Canal 9 pendant L.E.D

« Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis », à voir jusqu’au dimanche 7 novembre 2010. Complet, mais possibilité de s’inscrire sur une liste d’attente.

Plus d’infos : www.crochetan.ch

Opération aventure

« Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis » est la première pièce de l’Opération Vadrouilleurs, organisée conjointement par le Théâtre de Valère, le Théâtre de l’Alambic et le Théâtre du Crochetan. Mercredi soir, c’était donc l’escapade en bus des abonnés du Crochetan (Monthey), au Théâtre de l’Alambic (Martigny). A l’arrivée, sandwich et verre de vin étaient offerts aux spectateurs vadrouilleurs. Pour certains, c’était une première venue au Théâtre de l’Alambic, pourtant situé à une poignée de minutes du Crochetan. Les directeurs des trois théâtres ont remercié la salle comble et ont fait part de leur volonté de continuer ce concept, pour proposer des spectacles « hautement professionnels ». Voir les abonnés d’un théâtre aux côtés de leur directeur fait penser à une course d’école. La chaleureuse ambiance qui régnait à l’Alambic mercredi montre que le théâtre, en plus des artistes qui sont sur scène, c’est aussi des spectateurs fidèles et des directeurs engagés.

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