Le refus massif du peuple suisse de céder à la baisse des rentes du 2e pilier survient comme la réponse cinglante du pays à la caste politique bourgeoise associée à la finance et aux assureurs. On a l’impression qu’une grande majorité de citoyen est sortie de l’aveuglement qui prévalait ces dernières années, notamment lors de la votation sur la caisse unique. La collusion entre le Conseil fédéral et l’UBS, ainsi que son acharnement chaotique à défendre la place financière et ses bénéficiaires, a eu raison de la patience et de la confiance de la classe moyenne, qui a enfin compris qu’on les trompait. Enfin.
Les Suisses n’en peuvent plus des dépenses obligatoires (2e pilier, assurance-maladie et tant d’autres petits services) qui grossissent les revenus et les bonus de la finance. Ils commencent à comprendre que la stratégie de ce pays s’est fixée sur le phénomène macroéconomique de prendre de l’argent dans la poche des citoyens obligés, pour créer des fonds de placement qui procurent des revenus incroyables à une petite catégorie de personnes.
Cette votation a permis d’en débattre et de faire comprendre aux gens un système qui leur échappait dans sa finalité. Les médias ont aussi leur part de responsabilité dans cette bulle mensongère qui a été crevée le 7 mars. Combien d’éditoriaux, combien d’interviews complaisants de Lüscher, de Darbellay, de Burkhalter, de Pelli, de banquiers genevois, d’avocat d’affaires, d’économistes et de sommités diverses. Finalement, ils ont réussi à produire l’effet inverse : dégoûter à peu près tout le monde.
L’ampleur de la sanction est surprenante, notamment parce qu’on pouvait douter de la faculté des Suisses de réfléchir encore par eux-mêmes, tant leur opinion est formatée par le discours du libéralisme économique. De gauche à droite, la résistance n’a pas eu besoin de parti. La méfiance envers le Conseil fédéral, qui s’est livré à une véritable propagande lors de cette votation, est particulièrement remarquable. Le Gouvernement, jadis gage d’une certaine neutralité, a perdu de vue son rôle, pour s’afficher une fois de plus aux côtés de la finance. Quant aux leaders des partis bourgeois, ils devraient se poser la question s’ils ne sentent pas l’urgence d’une petite retraite avant les élections 2011. Car ils regardent toujours dans la même direction, alors que le vent a tourné.

