Jollien à la lutte contre l’ego

samedi 12 février 2011, par Eric Felley

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Invité à La Ferme Asile,devant 250 personnes, le « philosophe nu » a évoqué ses expériences spirituelles zen. Il se soigne en soignant son égo, source inépuisable des souffrances. Il se détourne de la philosophie théoricienne, pour emprunter les chemins moins balisés de la méditation.

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Alexandre Jollien et Bernard Campan. DR

Dans son œuvre, Alexandre Jollien parle de la souffrance intrinsèque à la vie de tout homme et la lie spécialement à la toute-puissance de l’ego. Ainsi prône-t-il aujourd’hui le bouddhisme zen et la méditation qui l’amènent au détachement et au dépouillement de soi. C’est ce chemin spirituel qu’il a évoqué jeudi soir à la Ferme Asile, lors d’un traditionnel Café Philo, qui a attiré quelque 250 personnes. Un record.

Accompagné de son ami, l’acteur Bernard Campan, le « philosophe nu » (titre de son dernier livre) a précisé que la philosophie relève « de la maladie et non de la thérapie. J’ai été philosophe, mais je le suis de moins en moins. » La posture du philosophe, qui renie la philosophie, est récurrente dans son histoire, elle en constitue même une puissante dynamique. Alexandre Jollien se tourne ainsi vers le bouddhisme zen et le Vajracchedikā-prajñāpāramitā Sūtra ,le Sûtra du Diamant, texte fondateur, qu’il a épelé plusieurs fois pour le plus grand plaisir de la salle. « J’aime bien le titre, a-t-il plaisanté, j’ai mis deux semaines à le lire. Comme postulat de base, il y a une phrase incompréhensible pour bousiller l’intellect » Cette phrase dit quelque chose comme « Bernard n’est pas Bernard, c’est pour ça que je l’appelle Bernard ».

A partir de cette apparente incohérence, Alexandre Jollien évoque le voyage intérieur qui doit raboter la toute-puissance de l’ego. Faisant abstraction des contingences matérielles, du moins pour un temps, la voie du bonheur serait dans le diagnostic impitoyable envers cet ego et le retour à la connaissance de soi : « Le drame de l’existence est qu’on passe totalement à côté de nous-mêmes » affirme Jollien. C’est ainsi que le philosophe revient à la philosophie, qu’il n’a pas vraiment quittée.

Si quelqu’un d’autre disait le même texte que Jollien, mot à mot, il susciterait sans doute beaucoup moins d’intérêt. (Il en est ainsi comme pour une chanson. « Ne me quitte pas » de Jacques Brel, chantée par un autre est en général sans intérêt). Alexandre Jollien est un homme de scène, un phénomène. Parfois, avec les réactions amusées de la salle, on se croirait dans le one man show d’un comique. Puis, il recadre habilement vers l’essentiel en quelques mots, pour lâcher gravement : « la plus dure des choses est de vivre les hauts et les bas du quotidien. » Comment ne pas être d’accord, si on est soi-même un peu déprimé ? Il parle d’ascèse, de renoncement, de « thermomètre des états d’âme ». Bernard Campan entrecoupe ce monologue par des citations. On relèvera celle-ci pour conclure, empruntée à Durkheim. Le sociologue demande à un de ses élèves « Quand vous respirez, qui respire ? » L’autre répond : « Eh bien, moi… ». Durkheim de conclure : « Si c’est vrai, alors essayez d’arrêter. »

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