La Place chasse les voitures

dimanche 6 mars 2011, par Eric Felley

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Créée il y a deux cents ans, la Place centrale de Martigny va connaître cet automne une transformation radicale. La voiture ne sera plus reine et les platanes seront finalement moins nombreux. Petite histoire d’une œuvre d’urbanisme qui a traversé le temps.

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La fête Dieu sur la place centrale vers 1920. Elle ne sert plus à ça depuis longtemps…

Cet automne débuteront à Martigny une série de travaux visant à transformer la Place Centrale. 2011 marquera donc une nouvelle ère pour cet espace qui crée la dynamique de la ville. Les citoyens de Martigny se sentent tous un peu propriétaires de cette place, au point que la polémique récurrente est généralement vive quand on y touche.

Depuis vingt ans, plusieurs projets ont planché sur un réaménagement. Entre temps deux bâtiments modernes couverts d’un marbre clinquant ont remplacé de vieilles bâtisses. Cette fois, la ville a décidé d’empoigner le taureau par les cornes et de la moderniser à l’image de ce qui s’est fait dans d’autres villes, dont Sion ces dernières années.

La circulation va être revue à la baisse avec une vitesse réduite à 20 km/h sur un tronçon quasi-piétonnier. Les terrasses seront davantage implantées au centre et le tout sera pavé d’une manière homogène d’un seul niveau, sans trottoir. Le projet s’est toutefois heurté aux commerçants de la place qui ont levé une petite matze contre ce qu’ils ont appelé une « jungle de platanes ». Les architectes, français, voulaient augmenter le nombre d’arbres d’environ soixante. Finalement, il n’y en aura qu’une dizaine de plus.

Un livre sur l’histoire de la place

A l’occasion de cette transformation, l’association « Patrimoines de Martigny » présidée par Gaétan Cassina, a édité un livre sous la direction du professeur d’urbanisme genevois Armand Brulhart. Le dessin de la place a été décidé en 1819 par la volonté de Philippe Morand. Sa grandeur était démesurée pour l’époque, mais son concepteur songeait à un « grand Martigny » et une place faite pour dans « cent ans ». C’est en 1861 déjà que le conseil de la ville décida d’y implanter des platanes importés d’Ardèche. IL y en avait 154. Enfin, la place fut réellement clôturée de bâtiments en 1914.

Deux cents ans plus tard, elle est toujours là dans ses dimensions d’origine. Le livre retrace les nombreuses péripéties qui ont permis de garder l’espace prévu avec l’alignement des façades. L’histoire de cet héritage se confond avec celle de la ville et principalement celle de ses grandes familles (Morand, Orsat, Saudan, Guex, Vouilloz, Ducrey, Veuthey, Tissières, Lovey). Tout ce qui compte à Martigny a encore un bout d’histoire sur la place. Aujourd’hui, Pascal Couchepin est également propriétaire, ainsi que le Groupe Mutuel et l’UBS. Se plonger dans cet ouvrage, abondamment illustré grâce à la collection privée de Roland Farquet, constitue une excellente introduction à l’histoire de la ville et de ses notables, sur fond de radicalisme.

« La Grand Place de Martigny » Par Armand Brulhart. Editions Monographic. Sierre. 187 p. 2010.

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