
« Le journalisme d’intérêt général glisse de plus en plus souvent vers un journalisme de marché. Comment peut-on préserver la mission citoyenne du journalisme ? » C’est la question que pose Daniel Cornu, ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève et ex-directeur du centre romand de formation des journalistes, en commençant sa conférence à la médiathèque de Sion, jeudi 8 octobre à midi. Il est connu depuis de nombreuses années pour ses réflexions et ses livres sur l’éthique journalistique. Aujourd’hui, son objet d’étude c’est l’influence des changements médiatiques, comme l’avènement de la presse gratuite ou encore d’internet, sur la déontologie des journalistes.Journalisme citoyen et presse gratuite
« Je ne me place pas comme un conservateur réfractaire au changement. Les changements sont et ils ne sert à rien de vouloir y résister. Je me pose plutôt la question suivante : comment peut-on faire les choses bien avec ces changements ? »Première réponse : le journalisme doit choisir la vérification des faits et l’impartialité comme méthode.La presse gratuite est née il y a dix ans. Pour Daniel Cornu, elle n’est pas une mauvaise presse mais son fonctionnement pourrait l’amener à se passer de journalistes. En effet, pour choisir des news sur le fil de l’agence, il faut être capable de faire un tri intelligent mais il n’est pas nécessaire d’être journaliste. Pour l’Internet la question est autre. Tous les médias sont présents sur la toile avec un peu de texte, un peu de son, un peu de vidéo.
« Finalement, ils utilisent tous le même langage et demander aux journalistes d’être multitâches n’améliorent pas la qualité de leur production. »Par ailleurs, Internet a le mérite de restituer la parole au public et transforme le journaliste en animateur de discussion. De manière générale, le journaliste est de moins en moins le témoin d’un événement puisque son travail est remplacé par des images amateurs.
- Les questions éthiques d’aujourd’hui
La communication remplace l’intérêt général
Le journaliste écrit toujours moins sur des sujets d’intérêt général et fait de plus en plus de communication. Une évolution qui va de pair avec l’intérêt des lecteurs toujours plus vif pour les thèmes qui le touche directement : son argent, sa santé, son jardin…
Internet n’est-il pas justement le lieu idéal pour réveiller le journalisme d’intérêt général, si l’on pense à des sites comme Rue89 par exemple ? Loin d’un système propriétaire d’actionnariat, il laisse souvent place à des modèles associatifs qui exercent un journalisme le plus indépendant possible .
« Oui, c’est vrai si l’on considère ces sites-là qui sont tenus par des professionnels. Mais ils n’ont pas encore réussi à trouver un modèle économique viable. Les journalistes ont du investir leurs propres fonds pour créer la structure de leur site internet. Produire de l’information coûte cher et il faut trouver ces fonds quelque part. »
- Les médias sur Internet
Quand à l’avenir de la presse suisse, si chacun sait qu’il n’est pas rose, Daniel Cornu n’envisage pourtant pas l’apocalypse.
« Je ne suis pas prophète. Mais je ne conçois pas la disparition de la presse papier. La disparition de certains titres oui mais aucun changement majeur n’a jamais englouti le système préalablement existant. Le papier s’est adapté à l’arrivée de la télévision en donnant plus de place à l’image, la télévision utilise aujourd’hui le net comme son prolongement naturel, etc. »
- L’avenir de la presse

