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Le journalisme en question

lundi 19 octobre 2009, par Marie Parvex

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Daniel Cornu, ancien directeur du Centre romand de formation des journalistes, était à Sion pour parler de l’influence des changements médiatiques sur l’éthique journalistique. Nous en avons profité pour lui demander comment il voit l’avenir de la presse suisse et quel rôle pourrait être joué par les médias sur internet.

« Le journalisme d’intérêt général glisse de plus en plus souvent vers un journalisme de marché. Comment peut-on préserver la mission citoyenne du journalisme ? » C’est la question que pose Daniel Cornu, ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève et ex-directeur du centre romand de formation des journalistes, en commençant sa conférence à la médiathèque de Sion, jeudi 8 octobre à midi. Il est connu depuis de nombreuses années pour ses réflexions et ses livres sur l’éthique journalistique. Aujourd’hui, son objet d’étude c’est l’influence des changements médiatiques, comme l’avènement de la presse gratuite ou encore d’internet, sur la déontologie des journalistes.

Journalisme citoyen et presse gratuite

« Je ne me place pas comme un conservateur réfractaire au changement. Les changements sont et ils ne sert à rien de vouloir y résister. Je me pose plutôt la question suivante : comment peut-on faire les choses bien avec ces changements ? »
Première réponse : le journalisme doit choisir la vérification des faits et l’impartialité comme méthode.

La presse gratuite est née il y a dix ans. Pour Daniel Cornu, elle n’est pas une mauvaise presse mais son fonctionnement pourrait l’amener à se passer de journalistes. En effet, pour choisir des news sur le fil de l’agence, il faut être capable de faire un tri intelligent mais il n’est pas nécessaire d’être journaliste. Pour l’Internet la question est autre. Tous les médias sont présents sur la toile avec un peu de texte, un peu de son, un peu de vidéo. « Finalement, ils utilisent tous le même langage et demander aux journalistes d’être multitâches n’améliorent pas la qualité de leur production. » Par ailleurs, Internet a le mérite de restituer la parole au public et transforme le journaliste en animateur de discussion. De manière générale, le journaliste est de moins en moins le témoin d’un événement puisque son travail est remplacé par des images amateurs.

Les questions éthiques d’aujourd’hui
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La communication remplace l’intérêt général

Le journaliste écrit toujours moins sur des sujets d’intérêt général et fait de plus en plus de communication. Une évolution qui va de pair avec l’intérêt des lecteurs toujours plus vif pour les thèmes qui le touche directement : son argent, sa santé, son jardin…

Internet n’est-il pas justement le lieu idéal pour réveiller le journalisme d’intérêt général, si l’on pense à des sites comme Rue89 par exemple ? Loin d’un système propriétaire d’actionnariat, il laisse souvent place à des modèles associatifs qui exercent un journalisme le plus indépendant possible .

« Oui, c’est vrai si l’on considère ces sites-là qui sont tenus par des professionnels. Mais ils n’ont pas encore réussi à trouver un modèle économique viable. Les journalistes ont du investir leurs propres fonds pour créer la structure de leur site internet. Produire de l’information coûte cher et il faut trouver ces fonds quelque part. »
Les médias sur Internet
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Quand à l’avenir de la presse suisse, si chacun sait qu’il n’est pas rose, Daniel Cornu n’envisage pourtant pas l’apocalypse.

« Je ne suis pas prophète. Mais je ne conçois pas la disparition de la presse papier. La disparition de certains titres oui mais aucun changement majeur n’a jamais englouti le système préalablement existant. Le papier s’est adapté à l’arrivée de la télévision en donnant plus de place à l’image, la télévision utilise aujourd’hui le net comme son prolongement naturel, etc. »
L’avenir de la presse
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1 Message

  • Le journalisme en question 25 octobre 2009 07:47, par Eric Felley

    Cher monsieur Cornu,

    J’apprécie votre conception du journalisme quant à la qualité de l’information. C’est un métier, avec ses règles déontologiques et une mission bien précise pour que le lecteur soit en confiance. Je pense que les journalistes sont dans la grande majorité des gens sincères qui essaient d’atteindre ce but. Hélas ce n’est peut-être pas toujours le cas des éditeurs, qui aujourd’hui cherchent de l’information à bon marché et licencient à tout de bras pour conserver leurs marges. Le marché de la presse Suisse est partagé entre les groupes Tamedia/Edipresse et Ringier. Avec un petit peu d’Hersant. La concentration des pouvoirs de décision n’a peut-être pas réellement d’incidence pour les lecteurs, qui peuvent toujours faire un choix ou se tourner vers des sites Internet pour lire autre chose. Mais en amont, pour la profession de journaliste, au sens où vous l’entendez, pour l’homme de terrain, c’est une catastrophe. Celui qui perd son emploi en ce moment, n’en retrouvera pas. Dns ce contexte, la pression est grande sur tous les collaborateurs, qui savent qu’ils doivent filer droit, sinon c’est la porte. C’est d’ailleurs mon cas pour l’instant. Les rédacteurs en chef, les éditeurs ne veulent plus miser sur la qualité des collaborateurs, leur curiosité, leur créativité, mais sur la fabrication d’un contenu au meilleur coût, avec des formules de plus en plus allégées, modélisées, où l’objectif est de remplir des cases. Par ailleurs, les médias en général se sont mis au service de l’élite économique et politique avec cette forme persisante de people-isation de certains acteurs. Bien souvent toujours les mêmes, les « bons clients » comme on dit.

    Pour conclure je dirai que le journaliste n’est plus respecté, non pas forcément par les lecteurs, mais par les gens qui l’emploient.

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