Les mots de Gallaz

jeudi 15 avril 2010, par Marie Parvex

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Une quarantaine de personnes ont fait le déplacement au Crochetan hier soir pour assister à la lecture des textes de Christophe Gallaz. Le chroniqueur du « Matin Dimanche » qui vient d’être remercié était dans la salle. Il est devenu le symbole d’une presse de qualité, d’une réflexion exigeante pour laquelle une mobilisation citoyenne exceptionnelle est née.

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André Vouilloz, pianiste, et Jean-Luc Borgeat, comédien, ont donné vie aux textes de Christophe Gallaz sur la scène du Crochetan.Valais-mag.ch

Tout a commencé par un groupe Facebook intitulé « Sauvez Gallaz ». Plus de 700 Romands en font partie. C’est la première fois qu’un chroniqueur licencié soulève un tel mouvement. Lorenzo Malaguerra, nouveau directeur du Crochetan, a souhaité « dépasser le côté sauvons-les-bébés-phoques pour créer un événement autour de cet écrivain hors pair ». Il a convoqué des artistes romands pour porter les mots de Gallaz à la scène. Un engagement presque politique pour le programmateur qui n’a pas encore entamé sa première saison. Pas une ligne pour annoncer l’événement dans les colonnes d’Edipresse. Ce que le directeur ne manque pas de qualifier de « censure » par omission.

Gallaz, un cas unique

« En février, le précédent rédacteur en chef du Matin Dimanche avait remercié tous les chroniqueurs sauf moi », raconte Christophe Gallaz. Ces disparitions des colonnes de l’ « orange » dominical sont toutes passées inaperçues et les spectateurs présents au Crochetan hier soir ne connaissaient même pas leurs noms.

Quelques semaines plus tard, Ariane Dayer prend la tête de l’hedomadaire et remercie aussi Christophe Gallaz. Là, les lecteurs protestent, envoient des courriers, prennent position sur la toile. Elle répond sur Facebook, puis à la TSR, qu’il faut renouveler les chroniqueurs pour laisser place à la diversité du paysage romand.

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Christophe Gallaz. DR

Gallaz, l’épine dans le pied du « Matin Dimanche »

Alors pourquoi Gallaz devient-il l’épine dans le pied de la nouvelle rédactrice en cheffe ? « Christophe est unique. Il allie la pertinence intellectuelle à une immense sensibilité. Et puis, il est là depuis trente ans. Les lecteurs ont besoin de lui, c’est une question d’hygiène mentale », affirme cette spectatrice venue depuis Neuchâtel. « J’ai fait un certain travail dans un milieu de la presse aujourd’hui menacé », analyse Christophe Gallaz. « Je représente l’envie d’une presse qui propose une pensée transversale. Qui lie des causes à des effets de manière inventive. Et qui propose des styles d’écriture. Ce qui se passe en ce moment, à travers moi, c’est une lutte pour des enjeux civiques et culturels. Quand ils veulent être bons, les journaux font appel à des experts. Ou alors ils tombent dans le populisme. Rares sont les titres qui parviennent à proposer autre chose. »

Table rase, un tic du moment

Il explique son départ par « le fantasme de la table rase », qui est un symptôme de notre époque. « Il n’y a pas de conflit personnel, ce n’est pas non plus que l’on me pense en bout de course. C’est seulement pour faire du neuf. On reconnaît que ma chronique est pertinente mais on affirme qu’il faut changer. La réflexion ne se développe pas plus loin. La réaction des lecteurs, sans doute embarrassante, indique leur indignation face à cela. Elle s’inscrit même au-delà de mon cas. L’attachement des lecteurs à leur journal se nourrit dans ses colonnes d’une continuité qui soit rénovée, bien sûr, mais jamais brisée. On n’est pas dans l’ingénierie, mais dans le vivant et dans l’intelligent. » Ariane Dayer a d’ailleurs proposé, en réponse aux protestations, d’ouvrir un blog pour Gallaz. Sans avoir vraiment refusé cette offre, ce dernier estime que ses mots doivent être imprimés sur papier.

Alors le « orange » pourrait-il revenir sur sa décision ? « Recommencer simplement comme avant, cela me paraît difficile. Il faudrait trouver autre chose, un petit plus », rétorque l’intéressé. D’autres journaux pourraient aussi lui proposer leurs colonnes, mais il faut pour cela attendre la fin de la vague de changements de rédaction en chef dans les principaux titres romands.

Hier soir, les mots de Gallaz étaient portés à la scène par les voix de Jean-Luc Borgeat et Jean-Luc Bideau qui en les triturant à leur guise ont souligné l’humour et la théâtralité jusqu’ici dissimulés dans le papier orange. « Plusieurs metteurs en scène m’ont effectivement dit qu’il y aurait des possibilités de porter mes textes au théâtre », répond Gallaz. Finalement, ce congé pourrait porter des fruits inattendus et les théâtres romands se mettre à résonner des phrases cinglantes du chroniqueur.

Commentaire

Ce mouvement citoyen, aussi petit soit-il, est aussi la preuve que face aux grands groupes de presse qui investissent le paysage médiatique suisse, les lecteurs ont le choix. Boycotter, protester leur permet d’avoir une véritable influence sur le contenu de leurs quotidiens.

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