Interview

« Valais-mag est une alternative à l’uniformisation »

jeudi 24 juin 2010, par Cécile Gavlak

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Jeune valaisanne de 36 ans, Sandra Jean vient de prendre la rédaction en chef du journal « Le Matin ». Dans une interview téléphonique, elle fait part de ses impressions sur « Valais-mag ».

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Sandra Jean est née à Lausanne, mais a passé son enfance en Valais. ©YvainGenevay

Sandra Jean a commencé à la distribution au « Nouvelliste » quand elle était toute jeune. Aujourd’hui, après dix années passées à la Radio suisse romande, elle vient d’accéder à la rédaction en chef du journal « Le Matin » succédant ainsi à Ariane Dayer – partie à la rédaction en chef du « Matin Dimanche ». Des histoires de femmes, comme celle de « Valais-mag ».

Le Valais semble faire partie des cantons oubliés par les titres suisses romands. Quel regard portez-vous sur le traitement de l’actualité valaisanne ?

Les médias tombent facilement dans les clichés en parlant du Valais, d’où l’importance d’avoir des journalistes qui vivent là-bas et qui connaissent le canton. Il y a besoin d’une autre voix que celle du « Nouvelliste », d’un autre regard.

Que pensez-vous du « Nouvelliste » ?

En tant que Valaisanne, je lis les pages mortuaires pour savoir qui est décédé… (rires) C’est un titre partisan pour bien des sujets. C’est le problème de la presse locale en général. Ces journaux ont un lien étroit avec les élus et les différents acteurs régionaux, ce qui entraîne des difficultés. Il y a un manque de liberté et d’indépendance journalistique. Un titre comme « Le Matin » a une plus grande liberté, et il faut en user pour offrir une meilleure couverture du Valais. Dans un monde idéal, car il y a toujours la question des moyens, qui restreint, j’aimerais que « Le Matin » soit plus présent et ait un regard plus politique sur le fonctionnement du Valais, sur son Parlement et son Conseil d’Etat. Cela dépendra des journalistes et de leurs sensibilités. J’aimerais que l’on développe un regard porté sur l’info, sur l’actualité du Valais, sur sa force, ses faiblesses et sa richesse. Que l’on sorte des clichés.

Selon vous, quels sont ces clichés ?

Le côté « magouilleur » des Valaisans, cette image de vieux pays, peu développé et conservateur. Il y a peut-être une part de vérité, mais ce n’est pas représentatif de l’ensemble du canton.

« Valais-mag » a été lancé par Marie Parvex, jeune Valaisanne. Cela doit vous toucher… Que pensez-vous de ce média naissant ?

Toutes les initiatives journalistiques comme celle-ci doivent être saluées, car ce n’est pas facile. Pour être sincère, je connais peu « Valais-mag ». Mais ce média semble excellent. La fondatrice a un esprit d’initiative, ce qu’elle a fait est très courageux. Elle a utilisé l’outil d’internet, qui est une excellente alternative. « Valais-mag » offre un regard différent. Se servir des nouveaux moyens pour parler de la culture, c’est très bénéfique pour le canton.

Êtes vous familière de la vie culturelle en Valais ?

J’y vais principalement pour voir ma famille, mes sorties culturelles se font ailleurs. Mais je pense que « Valais-mag » est bénéfique pour montrer qu’il y a autre chose que le FC Sion, qu’il y a des lieux d’exposition et de spectacle. « Valais-mag » propose quelque chose qui n’existe pas dans « Le Nouvelliste ». C’est une bonne alternative à l’uniformisation médiatique voulue, entre autres, par le groupe Hersant. Au « Matin », nous avons de bons journalistes culturels qui devraient être mis plus en valeur. Cela fait partie des pistes de réflexion pour la nouvelle maquette prévue pour l’année prochaine.

SON CV…

Sandra Jean, vous avez commencé très jeune dans le journalisme. Quel a été votre parcours ?

J’ai grandi aux côtés de mon beau père, qui était journaliste au « Nouvelliste ». Très jeune, j’ai eu un avant-goût de la profession. Puis, j’ai passé mon bac en France, à Montpellier. A 19 ans, je débutais comme journaliste à Radio Rhône. Là, ils étaient prêts à m’engager pour les matinales. Mais à 19 ans, on est pas assez mûr pour ça… J’ai suivi la formation de journaliste à l’Université de Fribourg et, en même temps, je faisais des piges pour Radio Fribourg. J’ai également participé au lancement de la radio des étudiants de l’université de Fribourg, Unimix, qui existe encore aujourd’hui. Ensuite, j’ai validé mon stage de journaliste RP au sein de Radio Fribourg. C’est là qu’on apprend à travailler vite et qu’on obtient plus de responsabilités. Après, j’ai passé dix ans à la Radio suisse romande, notamment comme correspondante à Berne. Et maintenant, la rédaction en chef du « Matin ». C’est une équipe très soudée qui aime ce journal. Je suis très confiante pour l’avenir.

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