Valais-mag

Le journal culturel valaisan

Journal d’une chômeuse

16 janvier

samedi 16 janvier 2010, par Suzanne

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Premier rendez-vous à l’ORP. J’ai hérité du même conseiller que la dernière fois mais il m’annonce assez rapidement qu’il va passer mon dossier à quelqu’un d’autre. « Ah ? Ok. »

Mes recherches d’emploi ne l’intéressent que pour leur nombre, pas pour leur qualité. Il ne lit pas les feuilles mais regarde si j’ai bien rempli toutes les cases. Ce n’est pas le cas. Voyant son regard, je donne une explication fumeuse qui me permet de récupérer mes papiers pour les compléter. J’ai mal fait mes devoirs, alors même que j’ai obtenu des piges de plusieurs employeurs en moins de deux semaines.

Pour changer, je parle trop. Je suis incapable de me rappeler pourquoi j’ai fini par dire que je devais faire encore une semaine de cours pour avoir mon diplôme. « Quelle semaine ? Très bien. Celle-ci ne vous sera pas payée puisque vous êtes occupée ailleurs et donc pas disponible pour l’emploi. » Et merde ! Mon visage traduit ma pensée…

J’essaie de ne plus trop parler. Mais voilà qu’il me ressort le billet d’humeur cinglant que j’ai écrit sur le chômage il y a deux ans. « Vous devez être consciente que ce genre de billet a des conséquences… » Autrement dit, si je veux sortir vivante de cette période de chômage, je ne devrais pas être en train de vous écrire là, non ? Je ne suis pas sûre d’avoir vraiment bien compris… J’espère avoir mal compris.

Mais vous comprendrez sûrement maintenant pourquoi ce blog est anonyme. Toute ressemblance avec qui que ce soit de votre entourage ou avec qui que ce soit que vous recevez dans vos bureaux, chers conseillers ORP, est totalement fortuite ! Et je prends le parti de ne publier ce journal qu’une fois sortie du chômage, histoire de m’éviter la tentation de l’autocensure. Vivre sous les menaces, dans la peur de la sanction, la peur de perdre son revenu, c’est ça le chômage parfois.

Le problème des conseillers ORP c’est bien souvent qu’ils ne travaillent pas dans le vrai monde des entreprises. Ceux que je connais sont d’anciens chômeurs qui, arrivés en fin de droit, ont été placés là pour conseiller les autres. Mais comment aider quelqu’un à trouver un emploi quand on n’y est soi-même pas arrivé ?

Enfin sans doute que sur le lot, certains ont travaillé puis choisi de bifurquer vers l’orientation des autres. Ceux-là doivent être bien déçus. De ce que j’ai expérimenté, mon conseiller ne m’a jamais orienté, ne m’a jamais aidée à trouver un emploi, ni suggérer des trucs et astuces pour parvenir à mes fins. Jamais je ne suis sortie de son bureau remplie d’énergie pour dénicher le job de mes rêves. Il s’est contenté de compter mes recherches d’emploi, de me conseiller de me tourner vers l’enseignement. Il m’a infligé des punitions quand j’ai travaillé pour un salaire trop bas. C’est la loi. Ce n’est pas de sa faute. La loi dit aussi que le boulot à temps partiel que j’avais trouvé en France voisine, je devais le refuser. Les chômeurs suisses n’ont pas le droit de travailler à l’étranger. (C’est pour ça à votre avis que les Français ne se plaignent pas des frontaliers ?) Toutes les initiatives de stages, de formation sont venues de moi mis à part un cours de marketing de soi qu’il était obligé de me coller au bout d’un certains laps de temps. Ces rendez-vous m’ont toujours laissée mortellement déprimée. Une fois quelqu’un (ce n’était pas mon conseiller) m’a même suggéré de regarder les avis mortuaires : meilleur moyen de trouver une place rapidement ! Youhouhou !

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