Le journal dominical offre une immense interview de Pierre Maudet titrée : « les jeunes ? Victimes d’une sinistre farce ». Ces derniers paient la facture de la crise, selon le politicien genevois. « Selon le principe que connaissent bien toutes les entreprises en proie aux restructurations, les derniers arrivés sont les premiers qui giclent. Surtout lorsqu’ils sont au bénéfice de contrats précaires. Parce qu’on a le sentiment qu’ils retrouveront facilement du travail, contrairement aux personnes plus âgées. Or c’est faux, cette génération a toutes les peines du monde à en retrouver du travail. »
J’ai la gorge serrée et des larmes dans les yeux. Quelqu’un dit enfin les choses de manière claire et honnête. On dirait qu’il parle de moi. J’ai été au chômage entre 25 et 27 ans, incapable de trouver un job autre que du travail à l’heure ou sur appel ou des stages non payés. Comme presque tous mes amis qui finissaient l’université. Ce n’est qu’en fin de droit que j’ai trouvé un contrat de stage de deux ans. La fin de celui-ci a coïncidé avec la crise. On m’a dit que j’étais jeune et brillante que je retrouverais plus facilement du travail que les autres et on m’a désigné la porte. En trente ans de vie, j’ai étudié pendant vingt ans et travaillé deux ans. Je n’ai pas d’économie et aucun moyen financier de faire des projets. « Tu as toute ta vie professionnelle devant toi », rétorque ceux qui n’ont jamais connu le chômage de longue durée. Bien sûr, bien sûr. Demain j’aurais un poste convenable, peut-être. Mais je ne vis pas demain, demain je serai peut-être morte.
« Le chômage des jeunes est un cancer social », ajoute Pierre Maudet. Il a raison. Comment croire et s’investir dans une société dans laquelle on n’a pas de place avant nos quarante ans ? Même le travail au lance-pierre est occupé par… des retraités ! Face à cela il y a plusieurs réactions possibles. Les plus immédiates sont le désespoir et la colère. Toutes deux conduisent au rejet du système.
Pour ma part, je m’échine à faire du yoga.

