Searching for the lost Poet

samedi 27 avril 2013, par Anne-Sylvie Mariéthoz

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Il était une fois un Mexicain de Detroit, qui composait des chansons à ses heures perdues. Comme sa musique n’avait guère de succès, il laissa bientôt sa guitare pour retourner à ses travaux de chantiers. Mais ses chansons avaient traversé l’Océan à son insu, pour enflammer la jeunesse d’un autre continent…. Cette histoire véridique a fait l’objet d’un film, « Searching for Sugar Man », qui à l’image de son héros, connait désormais un succès planétaire. En Suisse, il est encore à l’affiche de quelques salles et sa sortie DVD est annoncée pour le 23 mai. Le prix du meilleur documentaire reçu lors de la dernière cérémonie des Oscars, pourrait bien favoriser encore sa carrière….Mais l’incroyable engouement suscité par cette œuvre est-il justifié ? Ou le principal mérite du réalisateur est-il d’avoir su dégotter un vrai personnage de légende ?

L’auteur construit son film autour d’une quête couronnée par un happy end et démontre malgré tout un certain sens de la dramaturgie. Il sait ménager ses effets et tenir le spectateur en haleine, pour mieux l’enchanter par son heureux dénouement. A grands renforts de rumeurs et d’images vaporeuses – pour rappeler l’atmosphère des seventies, Malik Bendjelloul a choisi de tourner en super 8 – il laisse le mystère s’épaissir durant une bonne moitié du film. On apprend alors que Sixto Rodriguez est toujours vivant et qu’il ignore tout de sa popularité à l’étranger. Le réalisateur écarte aussi délibérément un certain nombre de « détails ». Ainsi les tournées australiennes du musicien sont-elles laissées dans l’ombre, pour nous faire accomplir un saut de presque 30 ans, entre l’enregistrement de son premier disque et sa renaissance, aboutissant à une tournée triomphale en Afrique du Sud. Ce parti-pris simplificateur permet sans doute de resserrer le propos, mais aussi d’ouvrir une parenthèse plus conséquente sur l’Afrique du Sud des années 70, époque « où l’apartheid était à son apogée ». On avait oublié à quel point ce pays était culturellement verrouillé et son opinion muselée. Or c’est toute une jeunesse en mal de justice et de liberté qui rongeait son frein, affectionnait la chanson contestataire et échangeait sous le manteau les disques bannis des radios. La musique de Rodriguez et ses messages anticonformistes (sexe, drogues et critique sociale), ont alors trouvé un incroyable écho chez elle, suscitant même quelques vocations artistiques. Après ces détours, quand il nous est enfin donné de rencontrer Sixto Rodriguez, on n’est pas déçu, car le charisme du bonhomme et son absolue modestie, nous font bien vite oublier les artifices scénaristiques. On nous annonçait un rebelle, mais c’est un vieux sage qui apparaît, qui semble accueillir le succès avec la même simplicité que les aléas de son existence. A quoi a-t-il occupé ces années passées loin de la scène ?A gagner sa vie comme ouvrier de chantier, tout en étudiant la philosophie et en s’engageant politiquement. Plus barde que rock-star, il n’a jamais vraiment joué le jeu du showbiz, refusant notamment d’angliciser son nom. Bendjelloul semble également avoir eu de la peine à le convaincre de s’exprimer devant sa caméra. Pour répondre à la question du début : oui le film repose essentiellement sur son personnage et sur le folk-blues entraînant de sa bande-son. Mais c’est une découverte qui nous rend heureux. Un Mexicain émigré aux Etats-Unis, qui fait une carrière clandestine en Afrique du Sud, mais dont l’histoire nous est contée par un Suédois, portant un nom aux consonances maghrébines…« Searching for Sugar Man » est une de ces histoires de mondialisation comme on aimerait en entendre plus souvent !

Semaine des films du Sud jusqu’au 30 mai à Sion et Sierre

Toujours très attendue, la semaine des films du Sud permet de découvrir quelques perles venues d’autres continents. La notion de « film du Sud », n’est plus très évocatrice de nos jours, convient Vincent Adatte, membre fondateur de la Lanterne magique et coresponsable de cette programmation. Il s’agit à proprement parler de films « minoritaires sur nos écrans », qui sortent des créneaux habituels et bénéficient sans doute d’un marketing moins appuyé. Ces « coups de projecteur » que sont les semaines thématiques, leur permet de passer moins inaperçus. Mais plutôt qu’une promenade exotique, la Semaine des films du Sud nous offre une vraie programmation de cinéphiles. Les œuvres présentées durant ce cycle se signalent avant tout par leur originalité et leur grande beauté formelle (Tabou de Miguel Gomes), leur analyse fine et leur ironie corrosive (No de Pablo Larrain), l’humanisme de leur propos, bouleversant de justesse (La Pirogue de Moussa Toure). Bref, c’est un florilège d’une grande diversité, pas seulement au sens géographique, qui mérite un détour.

www.cinesion.ch

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